samedi 10 août 2013

On ramasse les copies (3) : John Kennedy Toole

Voici donc le dernier de mes devoirs de vacances pour cet été, chers amis ! A ce propos, commençons par une mise au point, pour répondre à un de mes lecteurs dont je respecterai l’anonymat mais que je salue amicalement s’il lit ces lignes : les copies que l’on ramasse ici sont les miennes. Je ne suis ni un maître omniscient qui jugerait tel ou tel, ni même un professeur de lettres. Disons qu’il entre dans le titre On ramasse les copies un peu de pose et beaucoup d’autodérision. 
Cela étant posé, parlons plutôt de La Bible de néon (The Neon Bible) de John Kennedy Toole.
L’homme d’un seul roman ?
Ceux qui ont lu La conjuration des imbéciles (A Confederacy of Dunces) connaissent le sort ironique de ce roman et celui, beaucoup moins drôle, de son auteur. John Kennedy Toole, jeune professeur d’université, écrivit La conjuration des imbéciles vers 1962 et le soumit à des éditeurs qui, quand ils ne le refusèrent pas tout net, entendirent lui imposer à plusieurs reprises d’importantes modifications. Lassé par tant de rebuffades, Toole se suicida en 1969. C’est sa mère qui, quelques années plus tard, finit par réussir à l’imposer. Ce fut un succès, tant auprès de la critique que du public.
Je ne ferai pas aux lecteurs de La conjuration des imbéciles le résumé du combat incessant et hilarant que livre Ignatius Reilly au monde entier (enfin à la partie de ce monde que représente la Nouvelle-Orléans, ville natale de Toole) et j’invite ceux qui ne l’ont pas encore lu à se jeter dessus et à le dévorer – dans le texte s’ils le peuvent, pour conserver une certaine saveur, disons : dialectale.
On eût pu croire que l’œuvre de John Kennedy Toole se serait limitée, malheureusement, à cet unique roman. Or un autre fut retrouvé dans les années 1980, que je n’ai jamais entendu citer dans les conversations entrecoupées de fous rires que j’ai pu avoir avec d’autres lecteurs de La conjuration des imbéciles. 
La Bible de néon
Ce roman nous est présenté comme un manuscrit laissé dans un tiroir par Toole, qui l’aurait écrit en 1953, à l’âge de seize ans ( !). Une telle présentation peut être dangereuse : quelle naïveté, quelle grandiloquence, quelle maladroite imitation d’un modèle quelconque le lecteur ne risque-t-il pas de trouver chez un si jeune auteur ?
Ces préventions, je les ai eues. Et force m’est d’avouer que je les ai perdues à la lecture de La Bible de Néon.
Le narrateur, un garçon prénommé David, monte dans un train pour fuir la petite ville du Sud des Etats-Unis qu’il n’avait jamais quittée jusque-là et nous raconte ce qui l’a amené à s’enfuir. Nous est donc livré le récit de son enfance entre son père, sa mère et la tante Mae – en fait la tante de sa mère. C’est une famille pauvre, que le chômage rejettera aux confins de la ville. Divers événements se produiront, de plus en plus dramatiques, qui finiront par forcer David à prendre la fuite, désormais seul, ignorant tout du vaste monde où il va s’aventurer.
Le récit est fait d’une manière réaliste, claire bien enchaînée. Les personnages – certains d’entre eux au moins – sont bien campés, bien vivants devant nous : citons au moins la tante Mae, ancienne chanteuse qui a fait une carrière médiocre, l’institutrice hystérique, et un évangéliste de passage. Ce dernier fournit le prétexte à un joli tableau – pastiche de sermon compris – de ce qui pourrait être qualifié de Billy Graham religion, pour reprendre les termes employés par un personnage d’un roman de David Lodge (est-ce dans Out of the Shelter ou How Far Can You Go ?), tableau qui ne manque pas d’une certaine force comique.
Et qu’est-ce que cette Bible de néon qui donne son titre au roman ? Il s’agit en fait de l’église de cette petite ville, qui s’orne d’une enseigne de néon, laquelle représente une Bible :
« Je pouvais voir la grande Bible de néon, toute allumée, sur l’église du pasteur. Elle est peut-être allumée ce soir aussi, avec ses pages jaunes, ses lettres rouges et sa grande croix bleue au milieu. » (NB : la traduction  de ce passage est de moi, d’avance, pardon !)
Cette église, relevant de je ne sais quelle confession protestante, ainsi que le pasteur qui en a la charge, apparaît de temps à autre dans le roman. On en connaîtra surtout, outre le ridicule bien moderne et américain de son enseigne, le pharisaïsme, qui est un des ingrédients de l’atmosphère de la bourgade. Pas beaucoup plus, car les parents du narrateur sont devenus trop pauvres pour payer leur cotisation : les en voilà exclus.
En fait, après la lecture de La Bible de néon, on peut être surpris de ce que cette église ait donné son titre au roman. Elle en est un élément, certes, et même un point de repère dans le paysage, mais le roman ne s’articule pas réellement autour d’elle, quoique le pasteur ait un rôle important dans son dénouement dramatique. 
De quelques comparaisons
Les critiques aiment les comparaisons. Cela les rassure, sans doute. Et leur permet de se poser en connaisseurs. Moi-même, bien qu’évoluant en catégorie « amateur de division perdue », je n’échappe pas toujours à ce travers. Comme je l’avais relevé dans une de mes causeries de juillet, un critique cité en quatrième de couverture de l’édition de La Bible de néon que je possède n’y va pas à moitié : « Un roman puissant qui a sa place à côté des œuvres de Flannery O'connor, de Carson McCullers et d’Eudora Welty. » Si j’ignore tout de l’œuvre de Carson McCullers et de celle d’Eudora Welty, j’ai la prétention d’avoir lu quelques pages de Flannery O’Connor et je suis au regret de dire qu’on n’y est pas du tout. Rien ici du combat entre Dieu et le diable (rien que ça, mais oui !) qui tord les personnages de Flannery O’Connor, fous mystiques mais ignorants, qui ne savent que faire des grâces qui leur sont données, grâces qui, fatalement, vont mal tourner (au passage : lisez Flannery O’Connor !). On reste dans un roman réaliste, joliment fait et touchant.
Le point commun pourrait résider dans la description de l’atmosphère d’un trou perdu du Sud des Etats-Unis, un microcosme renfermé sur lui-même, où le vaste monde pourrait se nommer Memphis, Nashville ou la Nouvelle-Orléans, où l’on rencontre des « évangélistes » qui ont plus leur place dans une foire ou un cirque que dans une église et des pasteurs pharisiens (ces deux derniers traits reflètent-ils le point de vue narquois de deux Catholiques ? C’est certain chez Flannery O’Connor et ce n’est pas impossible chez Toole, mais on ne saurait dire, chez un garçon de seize ans).
Que cette comparaison, dangereuse en somme, ne nous égare pas : si La Bible de néon ne va pas à la cheville des chefs d’œuvre baroques et déjantés de Flannery O’Connor, c’est bien plus qu’une curiosité pour admirateurs. A condition, quand même, de lire d’abord La conjuration des imbéciles.

mercredi 7 août 2013

On ramasse les copies (2) : Jean-René Huguenin

Voilà donc où m’a mené ma paresse : à relire une bonne partie de la trop mince œuvre de Jean-René Huguenin. Et à finir par retrouver cette note, datée du 18 mai 1960, dans son Journal : « Imaginer quelqu’un, c’est prier pour lui. » Rien n’est dit sur l’acception du verbe imaginer : s’agit-il de créer et de faire vivre un personnage ? Ou de penser à une personne réelle et d’imaginer quelle peut être sa vie ? Dans ce cas, je n’aurai pas trop, je l’espère, détourné cette citation. L’explication précise et juste de la phrase, en tout cas, aura été emportée par son auteur, le 22 septembre 1962, dans un bête accident de voiture.

Une vie brève
Pour ceux qui ignoreraient tout de Jean-René Huguenin, brossons un portrait rapide, à grands traits. Que l’intéressé me pardonne, où qu’il se trouve désormais.
Jean-René Huguenin naquit en 1936, fit des études secondaires au lycée Claude Bernard (où il eut Louis Poirier – Julien Gracq, si vous préférez – comme professeur d’histoire et de géographie et Jean-Edern Hallier et Renaud Matignon pour condisciples), puis des études supérieures à Sciences-Po, suivies sans passion ; encore étudiant, il entama une collaboration à diverses publications, fut l’un des fondateurs de la revue Tel Quel et eut le temps d’écrire et de publier un roman, La côte sauvage, en 1960. Avant de trouver la mort dans les circonstances évoquées plus haut, six jours avant Roger Nimier. Des admirateurs ont du reste fait le rapprochement entre ces deux grandes pertes : on pourra consulter le site Maudit septembre 62 à ce sujet. J’abonde dans leur sens : maudit mois que ce mois-là pour deux beaux écrivains.
En résumé, Huguenin restera pour son exigence (envers soi et envers autrui), son intransigeance, son goût chevaleresque[i] pour la fidélité et son horreur des compromissions du monde – mais si, vous savez bien, nous les nommons plus facilement compromis et nous y croyons trop souvent obligés. Tout cela est fort bien évoqué[ii] dans un livre récent de Jérôme Michel, Un jeune mort d’autrefois. Ce livre est sous-titré Tombeau de Jean-René Huguenin, fort justement : c’est un hommage, au sens de l’hommage rendu par un féal à son suzerain.

Exigence
On trouvera ce trait dans ce Journal que j’avais donc cité de travers. Ce Journal s’étend de décembre 1955 à septembre 1962. On peut y suivre les interrogations et les tentations d’un jeune homme qui cherche à donner une direction à sa vie et à son œuvre, sûr qu’il est de sa vocation d’écrivain. Une vocation qui ne saurait être gâtée par de vains jeux formels, jeux qu’il reprochera à ses « amis-ennemis » de Tel Quel (Jean-Edern Hallier et Philippe Sollers, qui l’écartèrent assez vite de cette revue, de même que Renaud Matignon, qui était aussi de ses fondateurs).
L’exigence de Huguenin n’épargne personne, à commencer par lui-même. Ni François Mauriac, par exemple, qui aura cependant l’élégance de préfacer ce Journal à sa parution en 1964. Seul Julien Gracq semble en sortir parfaitement indemne, autant l’écrivain que l’homme (peut-être doit-on dire ici « Louis Poirier »).
Cette recherche d’une direction n’est pas sans tâtonnements, sans échecs ni sans redites, notamment pour ce qui est du repentir (à ce propos, je recommande une note sur la différence entre le repentir et le remords, datée du 17 septembre 1956, qui rappelle certains passages de L’Homme, d’Ernest Hello ; ce qui n’est pas rien). Ces redites peuvent lasser, mais elles sont après tout la loi de cet exercice, surtout chez un jeune homme, peut-être. Du reste, Huguenin en est bien conscient lorsqu’il note, le 5 septembre 1962 :
« Je suis las de ce journal. Vanité, complaisance, mollesse. Quand une vie avance vraiment, on n’éprouve pas sans cesse le besoin de faire le point. »

Fidélité
Un jeune homme, qui sera tôt surpris par la mort, a-t-il le temps d’être fidèle à des êtres, des impératifs, des absolus qu’il se serait choisis ou qui se seraient imposés à lui ? Ou de les trahir ? Il peut en tout cas avoir le désir et la volonté de leur demeurer fidèle. C’est là le sujet de l’unique roman de Jean-René Huguenin, La côte sauvage, où un jeune homme a du mal à se faire à ce qui sera pour lui – plus que son service militaire en Algérie – la fin de sa jeunesse : le mariage annoncé de son meilleur ami avec sa sœur ; deux liens qui constituent son monde se brisent d’un coup ; et les auteurs de cette trahison n’en sont pas vraiment coupables, puisqu’il faut bien, n’est-ce pas, entrer dans la vie.
A propos de fidélité, on lira, dans le Journal de Huguenin, à la date du 3 décembre 1958, le récit d’un entretien avec Roger Nimier – autre admirateur de Bernanos – souvent cité pour illustrer la déception qu’on pu éprouver certains des cadets de ce dernier, lorsqu’ils rencontrèrent un homme encore jeune (33 ans) mais qui semble s’ennuyer, las des autres et de lui-même[iii] (la fête, on le sait, ne reprendra vraiment qu’à l’automne 1962, avec D’Artagnan amoureux : ni Huguenin, ni même Nimier, n’en pourront rien savourer ; et Huguenin aurait-il aimé ce roman, semble-t-il assez éloigné des promesses du Grand d’Espagne ?).

Regards, dégoûts, espérances…
… Mais aussi quelques admirations, sont bien illustrés dans Une autre jeunesse, recueil d’articles (posthume, hélas, comme le Journal) parus en leur temps notamment dans Arts et Réalités (mais aussi, et c’est curieux, tant Huguenin était loin de la chapelle communiste, dans les Lettres françaises…). Il serait vain de tout citer ici, mais ayons encore une fois recours au Journal pour en donner un avant-goût :
« Le démocrate d’aujourd’hui est encore capable de pousser un cri, c’est "J’ennuierai ! Je m’ennuierai ! J’ennuierai les autres comme moi-même, dans l’égalité des droits, la conformité des lois, la banalité des jours ! Je veux que chacun ait un cœur aussi vide que le mien." »
Une autre jeunesse permet d’assister à d’autres éreintements (celui, par exemple, du nouveau roman en général et de Robbe-Grillet en particulier) mais aussi, comme je l’ai dit plus haut, à quelques exercices d’admiration, des camelots du roi d’autrefois (du temps de la jeunesse de Bernanos, en somme) à Ernest Hemingway, en passant bien sûr par Julien Gracq… 

Voilà donc sur quels chemins m’a mené une citation erronée. Puisse-t-elle vous les faire emprunter, ne serait-ce que pour quelque pas. Vous pourriez même ne pas le regretter.




[i] L’épithète est choisie à dessein : les lecteurs du Journal d’un curé de campagne de Bernanos, une des admirations de Huguenin, me comprendront.
[ii] Malgré quelques raccourcis et anachronismes, qu’il serait fastidieux et injuste d’énumérer ici.
[iii] « Faites-moi dire ce que vous voudrez », finira par lâcher Nimier à l’issue de cette entrevue où Huguenin l’interrogeait pour une enquête sur le romantisme. Accordons à Nimier que le sujet n’était peut-être pas passionnant, et que sa santé (le cœur avait du mal à suivre, malgré son jeune âge) ne brillait pas en 1958…

dimanche 4 août 2013

On ramasse les copies (1)

L’été slovène, de Clément Bénech
Voici donc, au retour de mes vacances, la première de mes copies. Je vous parlerai peut-être une autre fois des merveilles contemporaines du doux royaume de Suède, d'où je reviens…
Bref rappel de la critique
De mémoire, j’avais lu ou entendu au sujet de L’été slovène de Clément Bénech des critiques que l’on pourrait résumer comme suit : c’est un peu creux, mais c’est drôle et bien écrit. L’auteur n’a que vingt-et-un ans, attendons la suite, ce pourrait être prometteur.
Passons sur l’âge de l’auteur, propice à une certaine condescendance, qui me rappelle la légende d’un dessin de Chaval représentant, entre deux immeubles classiques, une maison telle qu’en dessinent les petits enfants : « Il faut tenir du compte du fait que l’architecte n’a que quatre ans. »
Soyons un peu sévère, voulez-vous bien
L’intrigue de ce bref roman (120 pages environ) tient en peu de mots : deux très jeunes amants partent en voyage en Slovénie, où divers plaisirs et mésaventures les attendent, leur révélant que leur séparation s’approche. Comment ne pas se joindre au chœur des critiques pour trouver, en effet, qu’il n’y a rien de neuf a priori là-dedans ?
Sur le style, il y a aussi à redire. Un des grands défauts réside dans l’emploi flou, indécis pourrait-on dire, du pronom on à la place de nous, parfois, sans que l’on puisse comprendre pourquoi. L’exemple en est donné dans la phrase reproduite sur le bandeau avec lequel est vendu le livre : « Nous n’avions plus qu’à conclure qu’on était à peu près amoureux ». Ce on vient gâter une phrase que « à peu près » placé avant « amoureux », outre le fait d’introduire une plaisante bizarrerie, pare de mille ambiguïtés (et de menaces ?) – ce qui était plutôt une réussite, donc.
Quelques autres détails viennent aussi parfois se nicher entre les dents, si j’ose dire : ceux qui portent sur la conduite automobile, par exemple, usant de termes qui sentent un peu trop leur permis de conduire fraîchement acquis, comme : « la voiture s’engagea sur la voie de décélération… » ou « je me rangeai en épi… ». Fauchez ces épis, jeune homme, ils vous encombrent !
Ajoutons à cela quelques relâchements dans l’écriture qui sentent le traduidu (ceux qui auront suivi mes conseils et lu L’esprit des lettres, II de Jacques Laurent m’auront compris), comme un irritant « ça faisait sens »…
L’intrigue et les détails
Nous avons vu ce que l’intrigue, en apparence, pouvait avoir de pauvre, de banal. Toute la saveur vient donc de quelques détails plus heureux que ceux cités plus haut (j’ai du mal, je l’avoue, quoique j’y puisse prendre du plaisir, à lire un livre seulement parce qu’il est bien écrit).
Tout d’abord, nous partons sur une fausse piste : la compagne du narrateur se nomme Eléna. A l’exotisme de ce prénom, nous nous disons qu’elle est peut-être (un peu) slovène et qu’elle va tenter de faire découvrir « son pays » à un jeune Français bien français, léger et cynique. Mais tout ce qu’elle lui apprend sur la Slovénie, elle le lit à voix haute dans un guide touristique.
Dans quel intérêt, du reste ? Ils découvriront un pays à travers ses autoroutes, ses fast-foods, ses galeries marchandes et ses parcs aquatiques (piscines disneylandisées). Sans parler des cafés internet ou des bars où l’on rencontre des étudiants avec lesquels on peut bavarder en globish.
Ces détails sont édifiants : ce voyage n’en est pas un.
Un autre trait me frappe. Nos deux jeunes amoureux, quand ils n’ont rien à faire, eh bien, ils font l’amour. Cette remarque n’est pas d’un puritain, mais d’un réactionnaire : au lieu d’avoir à faire la difficile conquête d’une jeune fille, voilà notre narrateur et sa copine englués dans les habitudes où les ont fait entrer la facilité et la permissivité des mœurs (mais oui !). De même que le voyage n’en est plus un, l’amour n’est ici plus une quête, une espérance, mais un ensemble d’habitudes, y compris horizontales, que l’on s’efforce tant bien que mal de maintenir.
Pas étonnant que ce jeune couple se délite, qui en est déjà à se contempler et à s’analyser, comme le regrette le narrateur : « l’amour commence pour moi à décliner lorsqu’on est capable de dire exactement ce qui nous plaît chez l’autre. Dès lors, l’autre est seulement une liste avec des cases cochées ». Remarque qu’Eléna considère comme une dérobade. Pas moi…
Voilà donc de jeunes héros de notre temps : dans un monde aplani et uniforme où rien n’est impossible, l’ennui les submerge. Ils ne vivent plus, mais commentent leur vie. A tel point que l’auteur, qui n’est pas dupe, fait dire à son narrateur, qui ne l’est pas non plus, à un détour du texte : « C’est vrai que je suis un assez bon exemple d’un garçon tel que moi. »
Cette dernière phrase pour vous rassurer quant à ce que ce roman a de bien écrit et de drôle : quelques pépites du même métal brillent çà et là, éclairant ce voyage morne, mais instructif.
A lire, donc...
Comparaison avec une relecture
Afin de ne pas trop écraser ce jeune roman, ce n’est qu’après l’avoir fini que j’ai relu L’Etrangère, de Roger Nimier. Passons sur le fait que ce roman fut écrit par un jeune homme de vingt-et-un ans – vingt, même, peut-être – et refusé alors par Gallimard.
L’époque offrait, il est vrai, plus de chances aux situations romanesques : on est en 1945, au sortir de la guerre. Ce qui permet d’amener à Paris une jeune Tchèque qui a épousé un officier américain, au moins autant pour fuir un pays où la domination soviétique se fait de plus en plus encombrante que par amour. L’officier louant une chambre chez les Nimier, bons bourgeois dont les phynances battent de l’aile, tout est en place pour un amour impossible entre Alina et le jeune Roger. Impossible parce qu’elle est mariée comme on le sait, parce qu’ils ne parlent pas la même langue, parce qu’elle partira bientôt aux Etats-Unis avec son époux… Il n’en demeurera pas moins l’histoire d’une tentative de séduction, de conquête, de la part d’un jeune homme.
Cela serait invraisemblable aujourd’hui : en Europe, plus d’aspérités, plus d’histoire, plus de ces déséquilibres qui permettent le mouvement dans un roman.
L’Etrangère, premier roman (refusé) de Roger Nimier est superbe. L’été slovène, premier roman (publié) de Clément Bénech, l’est moins. Mais reconnaissons à son auteur qu’il a su faire quelque chose de pas si négligeable d’un monde sans histoire, sans aspérité, sans barrière à franchir, d’un monde où la possibilité de mourir d’ennui et de satiété nous guette à chaque instant. Ce qui n’est pas sans mérite, ni sans talent.

samedi 13 juillet 2013

Quelques réflexions à la volée

Il n’échappera à aucun Français que nous serons demain le 14 juillet, puisqu’aujourd’hui nous sommes le 13. Il paraît que c’est le jour où « nous avons pris la Bastille », nous libérant enfin du joug de la royauté qui, comme chacun s’en souvient douloureusement, nous écrasait d’impôts, nous interdisait l’accès aux plus hautes charges et ne nous permettait pas de penser comme nous le voulions.
Sur la royauté
Le sujet est en ce moment d’une certaine actualité, du fait de l’abdication d’Albert II, roi des Belges. Toutes sortes de réflexions plus ou moins oiseuses ont été faites à cette occasion.
J’ai lu ou entendu, ici ou là, qu’il n’y avait qu’à profiter de cette abdication pour établir une république en Belgique, ainsi que dans d’autres royaumes européens. Cela mettrait enfin un terme, paraît-il, à des institutions d’un autre âge et fort coûteuses. Il est de notoriété publique, en effet, qu’un couronnement tous les quinze à cinquante ans environ coûte infiniment plus cher et fait perdre à un pays infiniment plus de temps qu’une campagne électorale tous les quatre, cinq ou sept ans.
Abandonnons un instant notre ton ironique pour relever trois immenses avantages de la royauté sur la république.
Premièrement, un roi n’est pas en campagne. Il n’agit pas en pensant à la prochaine élection, ne se dépense pas à commander ni à consulter des sondages. Il est là aussi longtemps que ce que lui permettent ses forces, les faveurs de Dieu (si l’on veut bien croire en Lui) et celles du monde – qu’il n’est pas forcé d’épouser mais qui existe.
Deuxièmement, un roi ne devient pas roi parce qu’il a tout mis en œuvre pour le devenir, mais parce que cette charge lui échoit un jour. Certains me répliqueront que c’est injuste et me citeront un bout de monologue de Figaro sur « la peine de naître » pour me contredire. Peut-être, mais le fait de recevoir une charge en héritage peut permettre à un roi de comprendre qu’il n’est pas un être aux mérites supérieurs. S’il veut bien se donner la peine d’y penser.
Troisièmement, n’ayant pas été candidat, le roi n’est pas l’obligé d’un parti politique ni celui des quelques mécènes qui auront financé sa campagne.
Bien entendu, tout cela s’applique uniquement à une monarchie établie, où le roi disposerait de quelque pouvoir…
Pour revenir au cas particulier du roi des Belges, Albert II ayant une ou deux fois dû tenir à bout de bras son pays non sans avoir à morigéner quelques politiciens, il y a de petits malins, forts d’un don de prophétie que je n’ai pas, pour nous annoncer que son abdication est un signe de la fin prochaine de la Belgique et qu’à ce compte il n’y a qu’à rattacher la Wallonie à la France. Pourquoi pas, mais dans ce cas je propose d’inclure le futur roi des Belges dans l’affaire. Et d’en faire le roi de France. Je ne sais pas ce qu'il vaut, mais il ne saurait être pire qu'un président de la République, vu ce que nous avons eu en magasin ou en vitrine ces trente ou quarante dernières années.
Sur la république
Qu’est-ce qu’un président de la République ? Chez nous, c’est en général un politicien plus très jeune qui aura, de manière plus ou moins discrète, patiente et élégante, commencé par écarter les membres de son parti qui lui faisaient de l’ombre.
Ensuite, aidé de publicitaires grassement payés, il aura couvert le pays d’affiches à son effigie portant un message déterminant, comme « la France unie », « la France pour tous », « ensemble, tout est possible » ou encore « le changement, c’est maintenant ». Ceux qui espéraient un poste quelconque se seront répandus en éloges à son égard – même ses concurrents de la veille qui n’avaient pas de mots assez durs pour le qualifier – et il aura prononcé de beaux discours pleins de promesses et de rêves éveillés devant ses partisans. Ces derniers auront à l’occasion arboré des ticheurtes, agité des drapeaux ou lâché des ballons aux couleurs vives.
Dans les jours précédant l’élection, nous aurons pu lire un tract, imprimé par millions et nommé sans rire profession de foi. Nous aurons pu y lire, par exemple, son intention de réenchanter le rêve français. Passons sur le fait que j’ignore ce qu’est le rêve français et que je ne crois pas aux enchantements…
Puis l’heureux élu croira pouvoir faire tout ce qu’il voudra ou ce que ses partisans auront attendu de lui, puisqu’il l’avait promis. Il a déjà oublié (a-t-il jamais voulu le savoir ?) qu’en fait la petite majorité qui lui a permis d’en arriver là l’a fait par lassitude ou par manque de confiance envers son adversaire. A sa décharge, ceux qui auront voté pour lui et s’offusquent de le voir appliquer son programme auraient dû y réfléchir…
Enfin, le temps étant bref, il songera vite aux moyens de se faire réélire.
Dans La mauvaise réputation, Georges Brassens chantait :
Le jour du quatorze juillet,
Je reste dans mon lit douillet.
Moi aussi, vous l’aurez deviné. Sauf quand notre « fête nationale » tombe un dimanche. Je vais alors à la messe, tout simplement.
Ce qui ne me dispense pas d’avoir une pensée fraternelle pour les militaires qui, en plus d'engager souvent leur vie ou leur conscience sur la décision d’un politicien, doivent tous les ans défiler devant lui.
Sur le Pape
Le Pape s’est rendu cette semaine sur l’île de Lampedusa, où il a célébré une messe en présence d’immigrés africains qui ont échoué sur ce rivage. Dans son homélie, il a rappelé que notre indifférence à leur égard ainsi qu’à l’égard de ceux qui sont morts en route est mauvaise.
Scandale, évidemment, pour des bourgeois propres sur eux ou pour des politiciens de droite. Ils accuseront l’Eglise de naïveté, de complaisance, voire de complicité envers ces envahisseurs inassimilables. Ils n’ont rien compris, ce qui n’est pas une surprise.
Le Pape ne nous parle pas, il me semble, de l’immigration, qu’il est ici nécessaire de ranger au magasin des idées générales. Il nous parle de personnes, et de personnes qui souffrent de misère. Et nous rappelle qu’un Chrétien se doit d’être aussi leur serviteur. Quoi qu’il pense, par ailleurs, des flux migratoires (personnellement, je n’en pense pas moins, mais ce que j’en pense n’est pas le sujet de la présente causerie).
Ce qui m’inspire une réflexion à propos de ceux que scandalise le Pape en particulier ou l’Eglise en général. A gauche, on lui reproche son « conservatisme » en matière de mœurs et, à droite, son « angélisme » pour les pauvres, les ouvriers ou les étrangers. Visiblement, l’Eglise agace les politiciens parce qu’ils n’arriveront jamais à la récupérer pour leurs petits calculs, et les journalistes parce qu’ils n’arriveront jamais à la faire entrer dans une des petites boîtes dans lesquelles ils rangent un peu tout le monde. Pour ma part, je vois dans l’agacement que provoque ainsi l’Eglise un bon signe pour elle : un signe de vie.
Bonnes vacances !
Si vous en prenez cet été, je vous les souhaite excellentes ! En ce qui me concerne, les vacances, c’est maintenant. Pas de nouveau billet de votre Chatty Corner préféré avant trois semaines, par conséquent.

mercredi 10 juillet 2013

Devoirs de vacances (2)

Dans mon billet précédent, j’étalais sans aucune pudeur le programme de mes lectures et relectures pour des vacances qui approchent encore – c’est là le meilleur moment des vacances : quand elles sont imminentes. Peut-être avez-vous déjà prévu ce que vous allez lire ? S’il reste un peu de place dans vos bagages, songez aux quelques petits trésors que voici.
Felicidad et Paris-Berry de Frédéric Berthet
Connaissez-vous Frédéric Berthet ? Encore moins que moi ? C’est un écrivain dont la vie fut trop courte (1954-2003) et dont « la petite vermillon » a récemment réédité deux ouvrages : Felicidad et Paris-Berry.
Le second consiste en un recueil d’impressions, de rêveries et de réflexions qui seraient celles d’un écrivain (Berthet lui-même ?) installé quelque temps dans la campagne berrichonne pour essayer, au calme, d’écrire un roman. Ces notations sont brèves et confinent souvent au loufoque, tout en touchant parfois à une certaine vérité. On n’est pas loin, par moment, des textes de L’autofictif, d’Eric Chevillard. Comment résister à : « C’est ici qu’un jour de juin Pouchkine et moi eûmes toutes les peines du monde à retenir Brasillach d’y aller acheter une bouteille de champagne. » ?
(Je sors volontairement cette citation de tout contexte, car le contexte possède lui-même sa dose de fantaisie, que je ne voudrais pas dévoiler.)
Felicidad est un recueil de nouvelles plus longues et charpentées (dont celle qui lui donne son titre), mais toujours aussi farfelues, quoiqu’un peu teintées de mélancolie, comme Un père ou, justement, Felicidad. Cette dernière nouvelle a le charme triste et ironique du meilleur Déon. La plus personnelle (ni du néo-Déon ni du paléo-Chevillard) serait peut-être Beaucoup d’autres endroits, qui a ma préférence. A vous de vous faire la vôtre.
L’esprit des lettres (II), de Jacques Laurent
Sabretache et hongroise ! Encore un hussard !? En voici donc un autre que Nimier, un vrai, estampillé d’origine. Bien que l’intéressé ait précisé dans son Histoire égoïste qu’il avait été fantassin.
Les éditions de Fallois nous avaient livré en 1999 un premier volume de cet Esprit des lettres, où l’on pouvait lire quelques textes de Jacques Laurent parus dans la Table ronde puis dans la Parisienne, avant 1954. Le célèbre Paul et Jean-Paul (parallèle amusant et argumenté entre Jean-Paul Sartre et… Paul Bourget) s’y trouve.
Cette fois, voici des articles parus dans Arts entre 1954 et 1958 – principalement des éditoriaux – ainsi qu’une lettre ouverte de 1965 (« Cher François Mauriac… ») au sujet de son récent pamphlet Mauriac sous de Gaulle. Ce dernier article résume assez bien les sentiments de Laurent pour Mauriac : admiration pour l’écrivain, détestation des prises de position politiques de l’éditorialiste, souvent incohérentes ou inconséquentes au fil du temps, à l’occasion desquelles il arrive même que Mauriac oublie, selon Laurent, tout le talent, voire le génie, que l’on peut apprécier dans ses romans.
Les éditoriaux sont ceux d’un directeur qui tente de faire comprendre à ses lecteurs qu’il veut faire d’Arts (chaque semaine !) un périodique sans « ligne », qu’elle soit politique ou esthétique, privilégiant la liberté et le talent. Sans avoir peur de publier des articles ou des critiques qui se contredisent les uns les autres. Maintenant encore, les lecteurs des journaux, mais aussi leurs directeurs ou leurs propriétaires, devraient en prendre de la graine : pas d’entre soi qui tienne, sinon celui du talent, de l’intelligence et de la liberté.
(A ce sujet, notons qu’Arts, sous la direction de Jacques Laurent, accueillit de nombreux articles du jeune François Truffaut, où celui-ci put jouir de la liberté d’assassiner – parfois injustement – la quasi-totalité des réalisateurs de cinéma de l’époque.)
Outre ces éditoriaux, on trouve des reportages bienveillants, admiratifs et amusés (comme Huit jours avec Dasté, paru en 1958, sur la Comédie de Saint-Etienne, troupe dirigée par Jean Dasté), ou plus souvent de brefs pamphlets au ton élégant et narquois, sur la littérature engagée (Sartre et Camus y prennent cher), la sociologie (Douloureuse conscience de la machine à laver, 6 mars 1957) ou divers vagissements de notre monde moderne et post-civilisé, alors en train de naître (mariages princiers à Monaco, bouillie journalistique, culte des stars…). Et aussi une intéressante justification du fait de tenir des propos sur les arts et les lettres alors que les troupes soviétiques perpètrent les massacres que l’on sait, à Budapest en 1956 : « N’ayons pas honte chaque semaine, même la semaine où Budapest, la ville sans peur et sans vitres, brûle, de continuer cette sensibilité, de l’illustrer, de la défendre ne fût-ce qu’en signalant un livre ou un tableau. Car c’est elle qui est l’espoir de ceux qui sont livrés à la Force. »
Voilà une littérature « engagée » qui me plaît.
A la légère, de Michel Déon
Ne descendons pas de nos chevaux (de hussards) et signalons le recueil de nouvelles joliment fait, paru ce printemps sous ce titre aux éditions Finitude. Quelques amuse-gueule sans conséquence, préparés dans les années 50 par le maître. On pourra leur reprocher de manquer de l’amertume habituelle de Déon, sauf peut-être Une nuit à Formentera, la dernière et meilleure nouvelle de ce recueil. Mais le charme et l’ironie y sont quand même.
Un joyeux post-scriptum
Un mot – pour changer de sujet – à propos de Nicolas Bernard-Busse, le jeune prisonnier politique (je maintiens l’appellation) que je ne manque pas d’évoquer dans chacun de mes billets depuis à peu près trois semaines : sa comparution en appel a eu lieu hier et le voici libre, avec une amende pour toute condamnation. Les magistrats auront ainsi dû se livrer à quelques contorsions pour ne pas trop faire apparaître l’évidence, à savoir que ce jeune homme n’avait à peu près rien à se reprocher.
Quoi qu’il en soit, il est permis de se réjouir (ou de rendre grâce) de sa libération. Et de lui souhaiter de passer un été serein, propice au pardon. Mais pas à l’oubli : on sait désormais, hélas, à quoi s’en tenir avec certaines autorités.

samedi 6 juillet 2013

Devoirs de vacances (1)

En ce qui vous concerne, je n’en sais rien, mais pour ma part je serai en vacances dans une semaine. L’occasion, entre deux éventuelles parties de « selon la préfecture » ou de « lexique de saison », de m’imposer quelques devoirs de vacances, pour passer un été bien studieux.
Je ne vous livrerai à mon retour aucun résultat de mes jeux – qui seront pratiqués pour mon seul plaisir – mais j’espère bien pouvoir tirer quelques réflexions et impressions de ces devoirs. Ramassage des copies en août ?
Jean-René Huguenin
Comme annoncé dans mon précédent billet, je tâcherai de vérifier si « penser à quelqu’un c’est déjà prier pour lui » se trouve vraiment dans le journal de Jean-René Huguenin. Je rappelle que cette citation de chic m’est venue à propos du jeune Nicolas Bernard-Busse, dont l’audience en appel aura lieu mardi 9 juillet. Il est donc toujours permis de penser à lui et d’espérer que cette audience aura une issue heureuse. Cette remarque, faite en passant pour ne pas oublier ce jeune homme emprisonné en gros pour ses idées, sera ma seule allusion aujourd’hui aux lourdeurs de ce qu’il est convenu de nommer le climat politique actuel. Pour tout vous dire, l’ambiance de plomb créée par nos chers gouvernants me lasse et m’écœure un peu. Respirons donc, faisons place à la grâce, à l’intelligence, à la littérature.
Outre le journal de Huguenin, je prévois d’emporter dans mes fontes Un jeune mort d’autrefois, sous-titré Tombeau de Jean-René Huguenin, livre de Jérôme Michel paru aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Pourquoi pas ne pas en profiter pour relire dans la foulée La côte sauvage ? Qui sait ? Et si ma citation se trouvait là et non dans le journal de Huguenin ?
Je ne manquerai pas de vous en donner des nouvelles au mois d’août.
Quelques lectures : œuvres de jeunesse
Décidément, il sera beaucoup question de jeunesse aujourd’hui. (J'écris: décidément, ne serait-ce que parce que Huguenin mourut à vingt-six ans, quelques jours avant Roger Nimier, dans des circonstances aussi navrantes, avec sans doute la possibilité d’une grande œuvre devant lui.) Que voulez-vous, c’est certainement l’effet de l’âge moyen chez moi, puisque je viens d’avoir quarante-et-un ans. Dame…
J’essaierai donc L’été slovène, roman de Clément Bénech. L’auteur n’a que vingt-et-un ans (l’heureux garçon !), ce qui n’est d’ailleurs pas un argument… sauf si jamais je découvre des trésors de maîtrise et d’aisance. En tout cas, d’après la critique, c’est drôle et bien écrit. Tâchons donc de savoir ce qu’on entend de nos jours par drôle et bien écrit. Cela pourra nous apprendre où se situe la barre pour les critiques contemporains…
Toujours à propos de maîtrise et de jeunes écrivains, mes lectures comprendront aussi La Bible de néon (ou plutôt, dans le texte, The Neon Bible), que John Kennedy Toole écrivit en 1953, à seize ans. Ce roman de prime jeunesse est-il vraiment à placer « à côté des œuvres de Flannery O’Connor » et de quelques autres, si j’en crois un des critiques cités en quatrième de couverture, ou un de ces morceaux pour inconditionnels, parfois dénués de tout intérêt, parfois simplement attachants, rarement (quoique cela se produise de temps en temps) évocateurs ou annonciateurs du génie révéré.
De tout cela aussi je vous donnerai des nouvelles en août…
Et pourquoi pas quelques relectures ?
Evoquer Toole, voilà qui donne l’envie de relire La conjuration des imbéciles (A Confederacy of Dunces) ; et puisqu’il a été ici brièvement question de Flannery O’Connor, pourquoi ne pas relire quelques-unes de ses nouvelles ? Ou alors La sagesse dans le sang (Wise Blood) ? J’hésite… Peut-être le jeune Toole serait-il écrasé par ces perfections, en comparaison ?
Allez, puisqu’il est question de jeunesse, je sens que je vais relire pour la nième fois L’étrangère, de Nimier. On ne se refait pas.
Et quelques choix de dernière minute parmi mes relectures ne sont pas à exclure. Vous en saurez peut-être plus, au ramassage des copies, à partir d’août…

dimanche 30 juin 2013

Tous pour tous !

Nous pourrions après tout nous faire un peu plus légers. Mais ce pourrait être pour prendre de la hauteur…
Mots de saison
Afin, justement, de prendre de la hauteur, pourquoi ne pas établir un lexique, un dictionnaire ou un abécédaire de la saison ? Nous y trouverions les mots et locutions qui ont fait fureur, avec leurs significations habituelles, mais aussi leurs acceptions du moment. Nous verrions bien s’ils gagneraient ou perdraient de leur sens. Sans parler des mots nouveaux ou des nouvelles expressions.
Ainsi, cette saison, les lexicographes qui auraient assez de courage ou de temps à perdre pour s’atteler à cette tâche disposeraient, entre autres, de : activiste, antifasciste (abrégé parfois en antifa), arbitrage, choc (ne me dites pas que vous avez oublié les chocs annoncés par le Président des bisous !), débordement, fasciste, femen, inversion (de la courbe du chômage, n’allez pas croire que, hein, hein…), militant, pour tous, radicalisation, réactionnaire (récemment enrichi par M. Barroso), skinhead, souètecheurte, veilleur, usw. J’en oublie certainement. Dois-je vous avouer que j’ai un peu la flemme ?
Chacun pourra imaginer ses définitions, avec les renvois adéquats. Un bon dictionnaire sans renvois, cela ne se conçoit pas. Ce sera un jeu pour l’été, encore un, le soir au coin du feu.
Pour tous
Cette locution ne vous aura certainement pas échappé : mariage pour tous, manif pour tous, et même, comme j’ai pu le lire fin mars sur le site de Causeur, mandales pour tous. Tant que ce n’est pas délit d’opinion pour tous
Elle existait pourtant depuis longtemps, cette expression… Qui se souvient de la France pour tous de Jacques Chirac, en 1995, avec son pommier ? Quelques décennies plus tôt, Pierre Dumayet proposait déjà ses Lectures pour tous aux téléspectateurs.
Mais puisque je suis d’humeur lexicographique aujourd’hui, pourquoi ne pas évoquer le Larousse pour tous ? J’ai le souvenir d’avoir jadis inlassablement parcouru ce dictionnaire en deux volumes (ce qui, tout de suite, vous pose autrement qu’un vulgaire Petit Larousse !), chez mes parents, dans une édition datant environ de 1914. On y trouve de magnifiques planches en couleurs avec les costumes civils et militaires de différentes époques (que je m’efforçais de recopier quand j’avais onze ans… avec une préférence pour les costumes militaires, je l’avoue), quelques gravures représentant des animaux, des paysages ou des tableaux et, à l’entrée correspondant à l’un ou à l’autre pays, les premières mesures, avec les paroles, de l’hymne national. Un régal.
Et j’allais oublier le « Un pour tous, tous pour un » des Trois mousquetaires !
Trois poids, trois mesures
Nos journalistes sont bien soulagés : les trois femen parties semer le bazar en Tunisie ont finalement été libérées. Elles n’auront que du sursis, et leur voyage touristico-militant[i] se sera déroulé presque en toute impunité. On n’allait quand même pas emprisonner des Européennes en Tunisie !
L’efficacité de leur manifestation n’est plus à démontrer, du reste : leur imitatrice, qu’elles prétendaient être venues défendre, restera, elle, en prison. Moralité : si vous êtes une fofolle européenne en mal de notoriété, allez montrer vos seins avec des âneries écrites dessus dans n’importe quel pays (en Europe, c’est devenu trop facile), vous ne risquerez pas autant qu’une autochtone influencée par votre exemple. Et vous vous serez même payé une aventure que vous pourrez raconter pendant vingt ans au moins à vos copines. Tant pis si c’est aux dépens d’une jeune fille qui aura eu la naïveté de croire que ce genre d’exhibition pouvait avoir un sens quelconque. Quelle importance, puisque c’est une indigène…
A propos de ces navrantes dames, et puisque mon humeur lexicographique ne me lâche pas, je confirme les propos de Basile de Koch dans la dernière livraison de son Asile de blog : le Gaffiot nous apprend bien qu’en latin, le nom femen, inis, n, signifie « cuisse ». Merci, monsieur !
Pendant ce temps, peu de journalistes s’émeuvent du scandale que représente l’emprisonnement de Nicolas Bernard-Busse. Ce qui ne me surprend guère, hélas. Et qui ne nous dispense pas de penser à lui. Est-ce dans le journal de Jean-René Huguenin que j’ai lu ceci : « Penser à quelqu’un, c’est déjà prier pour lui[ii] » ? Cela semblera peu à certains[iii], mais c’est déjà quelque chose. Ne nous en privons donc pas.



[i] Je ne vois pas de traduction française qui tienne la route pour l’expression suivante, relevée dans un journal suédois il y a quelques années : kravall turism. Tourisme d’émeute ?
[ii] Je n’arrive pas à retrouver la citation exacte. Et je suis décidément paresseux aujourd’hui. Je crois que ce sera une de mes relectures pour les vacances.
[iii] Pour mémoire, des pétitions circulent…

samedi 22 juin 2013

Ciel de traîne

L’été vient de commencer, paraît-il, mais je lui trouve déjà un goût de soupe du 15 août : l’envie de manger chaud et de mettre un tricot. Comme l’ennui qui précède la rentrée ?
Douceurs totalitaires
Le caractère totalitaire du régime où nous vivons, que le gouvernement se dise de gauche ou de droite, m’apparaissait jusqu’ici de manière confuse. Je le soupçonnais bien un peu, mais je n’en voyais pas de signe tangible. Seulement une vague sensation.
Hier, par exemple, c’était la fête de la musique. Entendons-nous : je n’ai rien contre la musique, et j’en chéris certaines formes, disons entre Guillaume Dufay et Lars Gullin. Mais je ne prétends imposer mes goûts à personne : j’écoute, chez moi ou dans ma voiture, des disques passés à un volume raisonnable ; ou alors je vais à des concerts donnés dans des locaux appropriés. Et je n’ai nul besoin que le gouvernement décrète qu’un jour particulier de l’année je doive me réjouir parce qu’une bande de mariachis se tortille avec une basse trop amplifiée sous mes fenêtres, que je dois maintenir fermée pour ne pas souffrir de vertiges.
Mes amis me reconnaîtront à ce trait et me féliciteront de demeurer le mauvais coucheur qu’ils aiment tant. Mais assez parlé de moi et des obligatoires festivités jacklangaises.
D’autres signes apparaissent.
Eté pourri pour l’arrière-garde
J’ai déjà évoqué cette semaine la triste affaire de cet étudiant, Nicolas Bernard-Busse, condamné à deux mois de prison ferme et à une lourde amende pour le simple fait d’avoir quelque peu prolongé une manifestation dimanche soir, sans commettre aucune violence que ce soit. Comme je l’ai fait après une série de plaisanteries, je tiens à préciser que ce n’en est pas une et que je n’ai pas, mais alors pas du tout, envie d’en rire. Les récits que l’on peut lire ou entendre de son arrestation, de son jugement et de son incarcération montrent avec quelle précipitation tout cela s’est passé. Il semble qu’un traitement particulier soit réservé à tout ce qui touche à la Manif pour tous (eh oui, encore). Le gouvernement a sans doute tenu à faire un « exemple » de ce cas. Une façon de dire : maintenant, taisez-vous.
Je dis bien : le gouvernement. On ne me fera pas croire que c’est une justice indépendante qui a envoyé en prison un jeune homme dont le seul tort est d’avoir participé à un mouvement qui aura fait défiler dans les rues, des mois durant, des centaines de milliers de personnes pacifiques, malgré les campagnes de dénigrement, les insultes, les provocations, les mensonges et les intimidations. C’est après tout la même justice qui se montre passablement indulgente pour les émeutiers du Trocadéro ou les voyous qui ont attaqué en bande une rame de RER il y a peu. Pardon si l’argument est éculé, mais il me semble juste. Maintenant que les manifestations se font plus sporadiques, moins massives et que la loi contre laquelle elles étaient dirigées est appliquée, il est plus facile de faire passer ce que l’on pourrait considérer comme l’arrière-garde pour un ramassis de délinquants. Le Derrick catalan[i] ne pouvait quand même pas faire emprisonner un million de personnes…
Des pétitions circulent pour la libération de ce jeune homme, qu’il faut bien considérer comme un prisonnier politique[ii]. J’en ai signé, j’en signerai autant qu’on voudra, sans me faire trop d’illusions, du reste. Nos chers gouvernants, s’ils y répondent, le feront sans doute par quelques coups de menton en invoquant je ne sais quelle fadaise comme la légitimité démocratique, l’indépendance de la justice ou la tradition républicaine. C’est à peu près ainsi qu’ils ont déjà fait passer leur loi Taubira. En s’offrant en prime le luxe d’exciter tout le monde contre tout le monde. Sans doute une spécialité de l’ectoplasme bredouillant, qui doit s’imaginer que gouverner un pays et neutraliser ses concurrents au parti socialiste, c’est la même chose.
Sommes-nous pour autant en dictature ? Je ne le crois pas. Il y a toujours des élections, la majorité peut changer, mais on nous somme désormais d’aimer tout ce que décide le gouvernement, sous prétexte que nous aurions choisi celui-ci ; et sous peine d’aller en prison si nous osons dire d'une manière un peu insistante qu’une loi votée nous déplaît. Peu chaut à un dictateur si on ne l’aime pas, du moment qu’il se maintient au pouvoir. La marque d’un régime totalitaire me semble en revanche être un désir d’être aimé, et aimé sincèrement par chacun. Quitte à nier qu’il existe, hormis bien sûr des fous ou des criminels, des gens qui ne sont pas enchantés de tout ce qu’il fait. Sans être une dictature : les prochaines élections remplaceront le personnel et la même chanson reprendra sur un autre ton.
En attendant, un jeune homme innocent risque fort de passer l’été en prison pour l’avoir découvert et nous l’avoir rappelé.
Des poids et des mesures
Revenons à nos comparaisons quant à la peine infligée à ce jeune homme. Ne le comparons pas à des voyous ou à des émeutiers mais à des manifestantes d’un autre genre.  Je pense bien sûr aux Femen. Ces mannequins hystériques, qui semblent avoir des tétons à la place du cerveau, se sont pas mal fait remarquer ces derniers temps en France. En entrant à moitié nues dans une cathédrale à deux reprises, notamment. Ou en allant faire le coup de poing, toujours peu vêtues, contre des manifestants de Civitas. Pour leur part, elles ont écopé de contrôles d'identité, et c’est tout[iii].
Influencée par cet exemple, une jeune Tunisienne a barbouillé de graffitis les murs d’une mosquée et a diffusé une photo d’elle avec les seins nus. Des « militantes » européennes se sont rendues en Tunisie pour protester contre les ennuis qui ont été faits à cette jeune fille. Vu leur tenue, elles ont été embarquées et condamnées à quatre mois de prison. Cette dernière condamnation suscite naturellement des protestations en France, l’une d’entre elles étant française. Les Tunisiens ne vont quand même pas faire la loi chez eux, non ? Les auditeurs de France-Culture en sont régulièrement entretenus[iv]. Gageons qu’ils le seront moins au sujet de Nicolas Bernard-Busse.
Des goûts et des couleurs
Naguère, les politiciens nous faisaient admirer l’étendue de leur bêtise grâce à leurs petites phrases, qui faisaient les délices des journalistes. Maintenant, ils ont Twitter ! Les célébrités et les quidams en usent aussi. De sorte que l’on connait vite l’avis de n’importe qui sur n’importe quoi. On assiste à une espèce de vidange permanente.
Ainsi, sur Nicolas Bernard-Busse, nous avons pu savoir quelles sont les pensées profondes de Stéphane Guillon ; JE CITE :
« L’opposant au mariage pour tous incarcéré ce soir à Fleury Mérogis va peut-être changer d’avis demain matin après sa première douche. »
(Pause : après avoir recopié ces propos, il faut que j’aille essuyer mes semelles ; il y a du travail.)
Pour ceux qui ont la chance d’ignorer qui est Stéphane Guillon, qu’ils sachent que ce… ce… (non, je ne trouve pas) est considéré comme un humoriste. Je me rappelle l’avoir vu à l’œuvre à la télévision, à l’époque où je possédais un de ces engins. Il était payé pour se moquer de l’invité du jour, dans je ne sais plus quelle émission. Cela consistait à balancer à la figure dudit invité un tombereau de propos plus ou moins désobligeants, invariablement bêtes et jamais drôles. Guillon rifougnait comme une fillette de douze ans qui vient de dire « capote » là où l’on était censé rire. Comme le public et l’animateur se marraient à ce signe, la victime, ne souhaitant pas passer pour un rabat-joie, devait bien sourire aussi.
Ce… ce… (aidez moi !) a ensuite gagné sa gamelle quelque temps sur France-Inter avant d’être débarqué par un directeur sans doute frappé d’un éclair de lucidité.
La citation de ce… ce… (non, toujours rien) illustre bien sa conception de ce qu’il nomme humour : rigoler avec les forts, avec ceux qui ont le pouvoir, ne frapper que ceux qui sont déjà à terre. Quel courage. Quelle finesse. Quel esprit !
Dommage pour lui que l’URSS ait disparu. Ses mordantes satires auraient sans doute fait fureur au Krokodil ! Quand je vous parlais de totalitarisme…


[i] Non, rien à voir avec un restaurant du XVème arrondissement où il se peut que l’on mange bien et tranquillement. Pardon pour ce jeu de mots !
[ii] Un des motifs invoqués pour condamner Nicolas Bernard-Busse est son refus de se faire prélever un peu de salive pour identifier son ADN. Ceux qui s’étonnent de l’indignation que soulève cette condamnation n’arrêtent pas de répéter que nous n’avons rien à dire parce que c’est une disposition apparue sous M. Sarkozy. J’ai voté l’an dernier au second tour pour ce monsieur (choix du moindre mal), mais je ne me rappelle pas avoir défilé dans les rues ces sept derniers mois en criant « Sarkozy président ». Et ce genre de disposition me déplaît tout autant, qu’elle vienne d’un président de gauche ou d'un président de droite.
[iii] J’ignore cependant comment ont été traitées – ou comment elles le seront – celles qui ont tenté d’approché notre président chéri au Bourget hier (mais est tenté de se demander s’il ne s’agit pas de figurantes ; allez savoir). J’ignore tout autant si de quelconques sanctions ont été prises contre celles qui ont agressé, en Belgique au mois d’avril, l’archevêque de Malines-Bruxelles.
[iv] Ils ont aussi eu le trouble plaisir d’entendre le 9 mars Inna Chevtchenko, « chef » des Femen en France, complaisamment inteviouvée dans l’émission du matin avec la complicité de l’inévitable Gazoline Chérie. Il en est sorti un amas de platitudes stalinoïdes sur la nécessité d’interdire les religions, d’emprisonner tous les fascistes, etc., débitées en mauvais anglais. Seul M. Brice Couturier, chroniqueur quotidien, a eu le bon sens de mettre par terre tous les arguments de l'invitée. Sans grande peine, du reste. Qu’il soit salué pour cela.

mercredi 19 juin 2013

Un jeu pour l’été

« Ne bronzez pas idiot ! » est un cri du cœur des publicitaires, dès que le soleil pointe ses rayons. Et d’essayer de nous fourguer toutes sortes de passe-temps. Non, ne bronzez pas du tout (d’ailleurs le temps s’y prête peu en ce moment) et inventez plutôt des jeux amusants et, pourquoi pas, érudits. En voici un.
Le jeu du « selon la préfecture »
Mes fidèles lecteurs (combien ? selon moi ? selon la préfecture de police ?) se rappelleront le jeu de mots du Cardinal Vingt-trois : « André Vingt-trois pour l’état civil, seize pour la police ». Mais oui, on peut rire des mensonges assénés par le musclé de la place Beauvau, puisqu’ils sont ridicules (et étymologiquement, comme dirait mon frère, est ridicule ce qui prête à rire). On peut en faire d’infinies variations ! Voyez plutôt.
Géographique : un collègue me disait l’autre jour, par exemple, que Paul Valéry et Georges Brassens étaient nés à Sète – ou, selon les services de police, à Troyes.
Littéraires : là, le choix ne manque pas pour les titres revus par la préfecture : Les deux mousquetaires, Cinq lieues sous les mers, Une semaine en ballon, Un homme dans aucun bateau… A votre tour !
Cinématographique : Les dix-sept jours de Pékin, Les trois samouraïs, Les quatre mercenaires… Il doit encore y en avoir beaucoup d’autres ! Cherchez !
Au théâtre, on pourrait même imaginer ce que notre ministre de l’intérieur préféré (il n’y en a qu’un seul, alors…) pourrait faire de ces fameux vers de Corneille, tirés bien sûr du Cid :
Nous partîmes cinq cents et, par un prompt renfort,
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.
Cela deviendrait :
Nous partîmes vingt-sept et, par essoufflement,
Nous nous vîmes quatorze à notre embarquement.
Redoutable, non ? Bien entendu, je ne suis pas neutre. Mais je suis sûr que ceux qui sont de l’autre bord sauront imaginer le jeu du « selon les organisateurs ».
Beaucoup moins drôle
Je lis ce soir dans divers journaux qu’un jeune homme vient d’écoper EN COMPARUTION IMMEDIATE de quatre mois de prison DONT DEUX FERMES pour avoir refusé de laisser prélever par un policier ses empreintes et son ADN ; à l’issue d’une manifestation anti-ce-que-vous-savez, bien entendu. Ce qui gâche un peu mes plaisanteries. Deux mois de trou pour avoir manifesté contre l’ectoplasme qui apparaît,  de temps à autre et de manière inexplicable, aux Français depuis le 6 mai 2012 (s'agirait-il d'un phénomène d'hallucination collective ?), voilà qui commence à devenir inquiétant. Ou révoltant ?