samedi 21 octobre 2017

Pavlenski embastillé ?

Il y a quelques nuits, les pompiers parisiens eurent à éteindre un incendie place de la Bastille, sur la façade d’une succursale de la banque de France. L’auteur de l’incendie, encore présent sur les lieux, fut aussitôt appréhendé par la police pour être placé en garde à vue. Renseignements pris, l’homme est un artiste russe, réfugié politique en France et se nomme Piotr Pavlenski.
Cet individu avait pas mal fait parler de lui il y a environ deux ans, lorsqu’il s’était rendu l’auteur de dégradations comparables au siège du FSB, à Moscou. Tout ce qui compte dans le monde de l’art contemporain et dans celui de la bonne conscience patentée avait alors protesté contre l’oppression des artistes par M. Poutine, compte tenu de la peine de prison – ou du séjour en hôpital psychiatrique – dont était menacé Pavlenski. Je me rappelle avoir touché quelques mots ici de ce que j’en pensais.
Depuis, Piotr Pavlenski s’était réfugié en France. Notre pays, patrie des droits de l’homme, comme chacun sait, se devait d’ouvrir les bras à un artiste opprimé et écorché – au moins par  les supplices qu’il est capable de s’infliger.
Quant au sort que lui fera la justice française, tout est possible. Après tout, une artiste luxembourgeoise (cela existe) a récemment été relaxée à l’issue d’un procès faisant suite à une accusation d’exhibition sexuelle en plein musée du Louvre. Nous verrons donc si notre justice saura évaluer comme il se doit l’œuvre d’art qui consiste à incendier la façade d’une agence bancaire.
Une pièce qui sera certainement utilisée au procès de Piotr Pavlenski et de son épouse (elle aussi mise en examen après cette performance) est la déclaration faite par l’intéressé pour expliquer son geste[i]. Il y est question de la Bastille et de la finance ou de la banque, ce qui explique le choix de la cible – pardon, du site. Plus précisément, Pavlenski y prétend que la banque, en confisquant la révolution au peuple, qui s’était donné le mal de prendre la Bastille, s’était installée à la place occupée auparavant par la monarchie. Il y a quelques erreurs à corriger là-dedans, et elles sont de taille.
D’abord, que faut-il entendre par le peuple ? Une foule avinée, chauffée par des agitateurs, qui s’est emparée d’une vieille prison où traînaient quelques fils de bonne famille ayant fait un peu trop de scandale ou de dettes ainsi que quelques pauvres hères ? Merci pour le peuple. En toute rigueur, le peuple n’a rien pris le 14 juillet 1789.
Ensuite, pour ce qui est de la confiscation de la Révolution française, toute personne s’intéressant un minimum à l’histoire de France sait pertinemment que cette révolution dont nos républicains se gargarisent visait dès le début à donner le pouvoir à des bourgeois, voire à porter LE BOURGEOIS au pouvoir. Rien d’étonnant que cela finisse par des histoires de banque.
Je ne suis pas juge et ne puis donc déterminer quelle punition infliger à Piotr Pavlenski, s’il en mérite une. Mais suggérons une pénitence qui consisterait à prendre des cours d’histoire.
Cela posé, s’en prendre à une banque, non pour y voler de l’argent mais pour dénoncer le pouvoir disproportionné de la phynance, pourquoi pas ? La chose, en elle-même, pourrait ne pas manquer de panache. Puisque Piotr Pavlenski se dit artiste, pourquoi n’a-t-il pas imaginé quelque performance ou quelque installation mettant en évidence l’idolâtrie de l’argent ? Quelque allusion au veau d’or, devant une agence bancaire, eût pu être éloquente.
Pavlenski eût pu mettre ainsi de son côté les rieurs, les esprits artistes et ceux qu’inquiète le pouvoir excessif de l’argent. L’allusion au veau d’or nécessite, il est vrai, un vernis de culture, sinon chrétienne, du moins biblique. Peut-être ces rudiments lui manquent-ils, lui qui, si cela se trouve, n’a pu former son âme qu’en somnolant lors de quelque cours de marxisme-léninisme débité sans conviction au temps de l’URSS agonisante…
Que dire encore de Piotr Pavlenski ? Trois hypothèses se présentent sur son cas :
La première : il savait ce qu’il faisait en allumant son petit incendie dans Paris, alors que les agents de la force publique ont déjà bien assez de menaces à affronter ; et il espérait profiter de son statut de « réfugié politique ». Dans ce cas, c’est un cynique doublé d’un imbécile, qui s’est rendu coupable d’un crime.
La deuxième : peu conscient de la nature et de la portée de son acte et malgré les précautions de son entourage, il est parvenu à le commettre. Auquel cas c’est un fou.
La troisième : peu conscient de la nature et de la portée de son acte et manipulé par son entourage, il a été poussé à le commettre, sans doute à de fins de publicité. Auquel cas c’est un fou qu’on exploite.
La première hypothèse donne envie de renvoyé l’hurluberlu et son épouse en Russie (où ils se débrouilleront) à grands coups de pieds au derrière. Les deux autres inspirent en revanche une profonde pitié.


[i] Il s’agit donc bien d’art contemporain, domaine où le commentaire compte au moins autant que l’œuvre. Ce qui, soit dit en passant, vaut mieux pour le commentaire.

vendredi 13 octobre 2017

Soyons tou∙te∙s inclusif∙ve∙s !

 « D’ailleurs, de quoi parlerais-je bien cette semaine ? Les boîtes de M. Poubelle ont épuisé l’imagination et rassasié pour quelque temps toutes les faims de l’esprit »
Léon Bloy, Propos d’un entrepreneur de démolitions
Ainsi donc, comme le propos ci-dessus (portant le millésime 1884) l’atteste, le buzz, comme il convient de dire de nos jours, ne serait pas né hier. Sans aller jusqu’à affirmer, pour paraphraser Alexandre Vialatte, qu’il remonte à la plus haute antiquité, force est de constater que cela fait quelque lustres que tout le bruit nécessaire à empêcher en nous « toute forme de vie intérieure »[i] est entretenu avec une constance qui mérite l’admiration. En tous sens et d’un peu partout fusent des imbécillités dérisoires créées avec un acharnement croissant.
Il en va ainsi de l’écriture inclusive, dernier hochet féministe à la mode qui consiste, si j’ai bien compris le procédé (et à condition qu’il y ait quelque chose à y comprendre), à truffer tout texte de courtes extensions, marquées par des points, indiquant l’ajout d’une terminaison féminine à chaque mot variable que l’usage de notre langue utilisait jusqu’ici au masculin « neutre ». Visuellement, cela tient du morse ou de l’acné, selon les goûts.
Cette écriture inclusive est assurément ce que l’on nomme un marqueur de gauche, et il y a fort à parier que tout∙e militant∙e insoumis∙e qui se respecte l’a désormais adoptée. Selon les sensibilités, on s’en félicite, on s’en offusque ou l’on s’en amuse[ii].
Autre sujet de polémiques bileuses ou de controverses ardentes, comme on voudra, en tout cas de bavardages souvent stériles : les « sorties » de M. Macron sur les « ouvrières illettrées », les « fainéants » ou encore « ceux qui foutent le bordel ». On s’époumone, on s’égosille, on racle ses derniers lambeaux de cervelle pour les jauger à l’aune de ses prédécesseurs : ces sorties sont-elles pires que le casse-toi pauv’c… de M. Sarkozy ou les sans-dents de M. Hollande ? Si ces sorties sont spontanées, elles portent à croire que M. Macron ferait preuve en son for intérieur d’une certaine morgue, voire de mépris pour les gens de condition modeste.
Il se trouve que de tels propos passent mal à gauche, où l’on y voit sans aucun doute des marqueurs de droite. M. Macron a donc besoin, pour équilibrer son image, de marqueurs de gauche s’il veut rappeler aux Français qu’il est toujours et de droite et de gauche. Car, bien entendu, les Français risquent de perdre le sommeil[iii] à force de ne plus pouvoir situer M. Macron sur l’échiquier politique[iv] : à droite, à gauche ou un peu partout en même temps ?
Certes, pour s’approvisionner en marqueurs de gauche, M. Macron dispose, dans son gouvernement, de Mme Schiappa. Il semble qu’elle soit là à cette seule fin. Et il y a fort à parier qu’elle est une ferme partisane de l’écriture inclusive. Pourquoi ne donnerait-elle pas quelques cours à M. Macron, qui aurait ainsi à sa disposition des marqueurs et de gauche et de droite en même temps ? Il devrait apprendre vite – c’est un garçon intelligent, à ce que l’on dit.
Inclusif, M. Macron l’a d’ailleurs déjà été, avec plus ou moins de bonheur, il est vrai. Ses discours de campagne étaient pleins de celles et ceux, ce qui était tout à fait dans la ligne. En revanche, le caractère inclusif d’autres déclarations s’est avéré trop neutre, comme dans : « une gare, c’est un lieu où l’on croise des gens qui réussissent[v] et des gens qui ne sont rien. » Des gens, je vous demande un peu… Alors qu’il eût pu dire des femmes et des hommes
Voyons donc comment M. Macron, ministre ou président, eût pu rassurer une gauche inquiète, s’il avait fait ses « sorties » en écriture inclusive. D’abord, le ministre :
« Bien souvent, la vie d’un∙e entrepreneur∙e est bien plus dure que celle d’un∙e salarié∙e […]. Elle ou il peut tout perdre, elle ou lui, et elle ou il a moins de garanties. »
« Il faut des jeunes Français∙es qui aient envie de devenir milliardaires. »
« Il y a dans cette société une majorité de femmes et d’hommes ; il y en a beaucoup qui sont illettré∙es. »
Ensuite, le président :
« Y’en a certain∙es, au lieu de foutre le bordel, elles ou ils feraient mieux d’aller regarder si elles ou ils peuvent avoir des postes là-bas, parce qu’elles ou ils ont les qualifications pour le faire. »
Naturellement, le président ne devrait plus communiquer que par écrit pour donner à ses déclarations désormais inclusives toute leur saveur de gauche. D’ailleurs, ne faut-il pas voir dans la présentation par Mme Schiappa et Mme Pénicaud ces derniers jours d’un guide de bonnes pratiques à l’usage des petites entreprises préconisant l’emploi de l’écriture inclusive un signe de cette synthèse tant désirée par M. Macron ? Ainsi, les salarié∙es seront plus facilement licencié∙es, mais avec des tournures résolument de gauche. Voilà qui ne pourra que les rassurer.
Autre avantage : à lire le charabia des futurs discours macroniens, les commentateurs avisés se perdornt en conjectures, hypothèses et spéculations[vi], voire en de rebondissantes exégèses. Pendant ce temps, le gouvernement aura tout loisir d’entreprendre ce qui lui plaira.
Ensuite, il ne restera plus qu’à s’exprimer par des glapissements, avant de saisir des bâtons et de s’en frapper les uns les autres avec vigueur. Il y a déjà, paraît-il, des députés qui font cela avec des casques de moto, alors…


[i] Après Bloy, Bernanos. Mon compte est bon.
[ii] Jeu : en lisant ce texte, devinez de quelle sensibilité je relève.
[iii] Pour ma part, je ne me laisse pas pousser la barbe, ce qui m’évite de me demander chaque soir si je dors avec la barbe en-dessous ou au-dessus des couvertures.
[iv] Curieuse expression. A croire que les journalistes, qui en raffolent, s’imaginent qu’un échiquier n’a qu’une dimension.
[v] Observons que, dans le monde de M. Macron, il n’y a pas de gens « qui ont réussi ». Non, il y a des gens « qui réussissent » : toujours en mouvement, en devenir, en marche !
[vi] Non taxées, bien entendu.

samedi 7 octobre 2017

« Le Déjeuner des barricades » (Pauline Dreyfus)

Délaissons, voulez-vous bien, le mythe du « deuxième roman », celui-à-l’occasion-duquel-les-écrivains-sont-attendus-au-tournant. Comme il y a quelques jours, célébrons plutôt un « troisième roman », en cette « rentrée littéraire »[i]. Nous aurions tort de nous gêner en ce qui concerne Le Déjeuner des barricades de Pauline Dreyfus, dont l’opus précédent, Ce sont des choses qui arrivent, nous avait quelque peu déçu.
Voici donc un nouveau « roman d’époque au présent » qui nous ramène cette fois en 1968, soit longtemps après Ce sont des choses qui arrivent et peu avant Immortel, enfin, dont nous retrouvons d’ailleurs quelques personnages se coulant parfaitement dans l’univers de ce roman : Paul Morand, Patrick Modiano, Florence Gould…
Pour être précis, c’est le 22 mai 1968 que nous sommes transportés, à l’hôtel Meurice. Ce jour-là, au déjeuner de Florence Gould, le jury du prix Roger Nimier est attendu, ainsi que le récipiendaire dudit prix pour 1968 : un certain Patrick Modiano, immense et timide jeune homme, auteur de La place de l’étoile.
Comme on est en mai 1968 à Paris, tout est un peu à l’envers : le personnel du Meurice a décidé de travailler en autogestion – le chef-cuisinier a donc pris l’initiative de composer lui-même le menu de ce déjeuner[ii] – et une part non négligeable des convives se sont fait excuser. Qu’à cela ne tienne, on invitera quelques pensionnaires du moment : Salvador Dali et Gala, J. Paul Getty (qui acceptera de quitter sa suite où il s’était barricadé par crainte des « rouges »), ainsi qu’un vieux notaire de province venu s’offrir un peu de luxe à Paris avant de mourir. Ce dernier ne sera pas déçu et aura même son petit rôle à jouer…
Tout étant, donc, un peu à l’envers, ce sont quelques-uns des « vieux » (Paul Morand, par exemple) qui se réjouissent de ce chambard (par détestation de « Gaulle », à n’en point douter, pour ce qui est de Morand), tandis qu’il y a des « jeunes » pour en faire peu de cas. Ainsi Patrick Modiano rassurera et décevra ses commensaux en balbutiant que « les étudiants croient vivre une révolution alors qu’il s’agit d’un simple monôme ». Tout est dit. D’ailleurs, les choses ne tarderont pas à rentrer dans l’ordre, même au Meurice, où l’on devra toutefois déplorer un drame sanglant au sujet duquel Dali saura tout expliquer…
Pour retracer cette journée plus ou moins folle, l’emploi du présent s’imposait, contrairement à Ce sont des choses qui arrivent. Le présent ? « Il n’y a jamais eu pour moi de présent, ni de passé. Tout se confond. » C’est ce que répond Patrick Modiano au vieux notaire qui a avoué avoir été dérouté à la lecture[iii] de La place de l’étoile par la difficulté à en situer l’action dans le temps.
Il est curieux d’observer que Pauline Dreyfus, née en 1969, ait déjà publié deux romans situés en 1968. Eprouverait-elle une attirance pour un temps précédant de peu sa naissance, de même que Modiano, né en 1945 ? Qui sait ? On se délecte en tout cas en lisant – longtemps après le monôme – quelles furent les inquiétudes de quelques nantis à ce moment. Soit dit en passant, des bourgeois bien plus simples, s’imaginaient eux aussi, alors, Paris à feu et à sang (votre serviteur, bourgeois valboitrien né en 1972, en a entendu avec amusement quelques récits de première main…).
A propos d’amusement, Pauline Dreyfus semble en éprouver à l’idée apparemment saugrenue que Morand ait pu faire un vibrant éloge du premier roman de Modiano et y voir comme un héritage ou une prolongation de Nimier. Pour ce qui est de l’éloge, on conçoit qu’il puisse y avoir un malentendu entre l’antisémite Morand et Modiano sur son personnage, Raphaël Schlemilovitch, juif antisémite (ou pas). En somme, c’est un bon tour qu’aurait joué Modiano à Morand, admiratif pour de mauvaises raisons… Quant à l’héritage et à la continuation de Nimier, les raisons peuvent sembler meilleures, si l’on va plus loin que des notions vagues comme l’« insolence » et « l’esprit hussard ». On pourra lire dans le Cahier de l’Herne sur Nimier, paru en septembre 2012, un article de Bruno Blanckeman qui analyse la parenté et les différences radicales entre certains romans de Modiano (La place de l’étoile et La ronde de nuit) et Les épées de Nimier[iv].
Et Modiano ? « Après, il écrira », pour paraphraser Pauline Dreyfus (dans Immortel, enfin, mais cette fois au sujet de Morand). La ronde de nuit, donc, puis Les boulevards de ceinture et Villa triste. Ces deux derniers romans, moins « sauvages » que les premiers, délimiteront désormais son spectre. On peut lui reprocher d’avoir ensuite adouci sa plume. C’est d’ailleurs vraisemblablement pour cette raison qu’il a fini par être puni d’un prix Nobel de littérature en 2014[v]. Il l’avait bien cherché, diront les mauvaises langues. D’autres, dont votre serviteur, se contenteront de remarquer qu’en matière d’explosifs, Nimier est un nom bien plus recommandable que Nobel.
Mais assez de digressions. Outre le plaisir que procure la lecture de ce Déjeuner des barricades, reconnaissons-lui le mérite de nous inviter à quelques relectures : Immortel enfin, du même auteur, certes, mais aussi La place de l’étoile, ou encore Les épées ou L’étrangère. Et pourquoi pas, de Bernard Frank, Géographie universelle ?


[i] Curieuse invention commerciale des éditeurs, au parfum quelque peu scolaire. Faut-il s’imaginer des écrivains revenant de vacances, ayant délaissé bains de mer, pâtés de sable et coquillages – pour ne rien dire des cerfs-volants ni des épuisettes pour la pêche aux crevettes grises – pour endosser à nouveau le cartable ? Les habitués se donneront de fortes bourrades, les nouveaux seraient intimidés et il y aurait toujours quelques fayots avec un compliment pour la maîtresse, ainsi qu’un ou deux bons élèves jouant les affranchis turbulents…
[ii] Pour le plus grand plaisir des invités, semble-t-il.
[iii] Ce notaire est un sage et un homme bien élevé : invité à un déjeuner avec un écrivain, il court acheter son roman et le lit d’une traite. Comment réaliser un tel exploit en mai 1968 ? Il existe une de Rivoli une fort belle librairie où l’on ne saurait faire grève, mai 68 ou pas mai 68.
[iv] Dont il est permis de se demander, pour compliquer encore les choses, s’il ne s’agit pas d’un « négatif » de L’étrangère, premier roman de Nimier (refusé par Gallimard), qui ne sera publié qu’en 1968 avec une préface de Paul Morand (le monde est petit).
[v] Voir ici.

samedi 30 septembre 2017

« Un amour d’espion » (Clément Bénech)

Nous avions laissé, il y a environ deux ans, l’œuvre – encore naissante, mais de moins en moins, fatalement – de Clément Bénech en refermant Lève-toi et charme avec l’espoir de voir ce jeune écrivain suivre la voie prometteuse qu’il avait déjà engagée en 2013 avec L’été slovène. Force est d’admettre qu’avec Un amour d’espion, paru cette année, l’espoir se confirme : le style, la construction, le ton, deviennent reconnaissables sans tomber dans le procédé mécanique ; l’écrivain a cessé d’être naissant, il est né.
Vers la fin de Lève-toi et charme, le narrateur disait avoir conclu une soutenance de thèse en géographie par ces mots : « C’est donc là le pouvoir multiplicateur des technologies numériques […]. Elles rapprochent ce qui est proche, et éloignent ce qui est lointain. » Rien de neuf, en somme, ne nous serait donné par ces outils, si ce n’est l’amplification, voire l’exagération de rapports déjà existants des uns avec les autres et de tous avec le monde.
Il serait tentant de chercher à voir dans Un amour d’espion une « suite libre » qui viendrait confirmer ou infirmer ce propos. Après tout, on y communique beaucoup par le biais de réseaux « sociaux », d’applications de « rencontre » et de messageries électroniques. Le mot biais n’est pas utilisé ici par hasard : l’immédiateté revendiquée par l’individu moderne passe par bien des intermédiaires. Mais ne réduisons pas ce livre à la condition de roman à thèse, ce qui serait injuste et ennuyeux. Mieux vaut voir dans ces biais – ou ces moyens – des possibilités romanesques, tant pour l’intrigue que pour l’écriture.
Pour ce qui est de l’intrigue, elle est à la fois simple et apparemment incongrue : le narrateur, contacté par une « amie » numérique (ils ne se sont rencontrés qu’une fois), est invité par celle-ci à passer l’été à New York pour enquêter sur son amant (ou ex-amant), qu’elle a rencontré grâce (en partie, du moins) à une application informatique faite pour cela et sur qui elle a des doutes à cause de commentaires accusatoires laissés à la suite d’articles publiés sur le site internet de la revue dans laquelle il écrit.
L’amant en question, c’est Dragan, critique d’art contemporain, quadragénaire et d’origine roumaine. Un homme que la filature menée par le narrateur et les récits d’Augusta, sa « commanditaire » vont nous dessiner peu à peu. Nous découvrons donc un esprit d’où émane une sorte d’antimodernisme apparemment souriant et tranquille. Question de génération, peut-être ? Par son âge, Dragan a connu le « vieux monde », celui qui se donnait des airs civilisés, qui puisait son humanité – ou ce qu’il en restait – dans les détours et où l’histoire avait encore de l’épaisseur. Toutes ces choses, Augusta et le narrateur, qui n’ont pas vingt-cinq ans, le perçoivent peut-être moins, étant a priori imprégnés de modernité, voire de post-modernité[i]. A parler de génération, il faudrait aussi mentionner le cas de John DuBarry, plasticien et ami de Dragan : un sexagénaire, de ceux qui ont volontiers jeté le « vieux monde » aux orties pour gober et faire gober le « nouveau ». Mais ne nous enfonçons pas dans ces histoires de générations, toujours exagérées et douteuses[ii].
Quoi qu’il en soit, c’est le poids de l’histoire – roumaine en particulier – qui fait ressortir le contraste entre Dragan et nos jeunes personnages : la filature, qui est pour le narrateur un genre de jeu de piste riche en épisodes comiques, sera l’occasion de découvrir, à la fin, pourquoi le commentaire « asasin » (en roumain dans le texte) régulièrement asséné en bas des articles publiés en ligne par Dragan n’a rien d’anodin ni d’amusant pour lui. Dragan adressera ensuite à Augusta une longue confession, grave et émouvante[iii] (les Roumains ne peuvent pas être ironiques en permanence ; ils ont le droit, de temps à autre, de se confier).
Cela posé, le narrateur entreverra ce côté tragique, à l’issue de son enquête, après avoir dû entendre une chanson publicitaire pour les fours à micro-ondes DI-MI-TRES-CU ! Il se trouvera des gens graves pour dire que cela n’est pas très sérieux. Et d’autres pour trouver cela tout à fait dans le ton volontiers pince-sans-rire de ce roman.
Comme dans Lève-toi et charme, les couches et les registres sont multiples, entre les récits et descriptions écrits dans une langue classique, sobre, élégante, les dialogues bancals de messagerie électronique, et les photos, dessins ou cartes[iv] insérés dans le texte, comme pour le compléter. L’effet est plus réussi lorsque ces inserts ne sont accompagnés d’aucun commentaire ni d’aucune présentation, ceux-ci alourdissant quelque peu le texte (comme c’est le cas, par exemple, page 122, où le dessin d’un « arrosoir arrosé »[v] est précédé d’un « voici à peu près l’apparence de cet objet » qui ne nous apprend rien). Le procédé, qui existait déjà dans Lève-toi et charme, a pris de l’ampleur, allant jusqu’à l’insertion sur deux pages d’une reproduction (feinte pour les besoins du roman, évidemment) d’un article de journal.
Quant au titre : Un amour d’espion, quel est cet amour, quel est cet espion ? L’amour entre Dragan et Augusta ? Ou celui du narrateur pour Augusta ? Aucun indice explicite ne saurait confirmer cette dernière hypothèse. Tout lyrisme de la part du narrateur est mis à distance par son ton détaché[vi]. Quant aux espions, force est de craindre que ce soit un peu tout le monde, avec ces maudites applications…


[i] Ce qui n’interdit pas la lucidité, comme en témoigne au début du roman une réflexion sur les « Marco Polo parodiques » que sont devenus bon nombre de voyageurs contemporains.
[ii] D’ailleurs, le passage de l’ancien au nouveau monde, à bien y regarder, est un phénomène auquel il nous est donné d’assister tous les dix ou vingt ans.
[iii] Les révélations tragiques qui y sont livrées peuvent faire songer à Revu et corrigé, de Peter Esterhazy, où l’auteur découvre après la mort de son père que celui-ci avait régulièrement envoyé, et ce pendant des années, des rapports sur toute sa famille à la police politique hongroise.
[iv] Le narrateur est étudiant en géographie. Géographe pourrait être un métier rêvé, tels qu’ils l’imaginent, pour quelques petits garçons : dessiner des cartes, y tracer toutes sortes de lignes et d’arcs (en traits épais, fins, continus, pointillés ou mixtes) délimitant des zones à hachurer ou à colorier, qu’il resterait ensuite à nommer selon des critères variés. Plus sérieusement, les géographes projettent le globe terrestre sur des surfaces planes. Comme ce roman projette sur le papier un monde saturé de liens et d’images…
[v] Dessin fort drôle au demeurant, qui n’est pas sans rappeler le cor bouché de Vente à la criée du lot 49, de Thomas Pynchon. A propos de Pynchon, on mesurera l’écart entre le traitement fait à une enquête sur fond de « nouvelles technologies » dans Un amour d’espion (mesuré, ironique, apparemment futile) et dans Fonds perdus (burlesque et paranoïaque).
[vi] Pour définitivement accabler Clément Bénech sous les références, signalons aux amateurs, page 194, un fort beau jeu de mots qu’il faut bien qualifier de blondinien : quelque chose comme un calembour ou un à-peu-près non dénué de profondeur.

jeudi 21 septembre 2017

Un film que je n’ai pas vu

 « En revenant, voyez A bout de souffle, d’un jeune ; excellent, pudique et fort ; une longue scène entre amants, remarquable. Une étude profonde des jeunes, leur indifférence à tout. »
Lettre de Paul Morand à Jacques Chardonne, 5 avril 1960

Que savons-nous de Jean-Luc Godard ? Plus précisément : que savons-nous de lui après 1965, à l’issue d’une période féconde commençant en 1959, durant laquelle il donna quelques joyaux, d’A bout de souffle à Pierrot le fou, en passant par Le petit soldat, Une femme est une femme ou Bande à part ? Selon une hypothèse sérieuse – quoique cruelle –, devenu fou, il se serait pris pour un individu nommé Jean-Luc Godard et aurait, sous ce transparent pseudonyme, réalisé quelques indigestes films politiques à la photographie et au montage parfois superbes ; tant il est vrai que Jean-Luc Godard avait assimilé le langage cinématographique de Jean-Luc Godard. Nous pourrions citer comme parangon de ce genre de travail La Chinoise, film réalisé en 1967.
Anne Wiazemsky, qui apparaît justement dans La Chinoise, fut à cette époque la compagne, et même l’épouse, de Godard. Elle a tiré de sa vie avec lui deux romans (Une année studieuse et Un an après), dont le second vient d’être adapté au cinéma par Michel Hazanavicius sous le titre : Le Redoutable. N’ayant jamais rien lu de la plume d’Anne Wiazemsky, je ne dirai rien de ce qu’elle a pu écrire de sa vie avec Godard vers 1968, 1969… Je n’ai pas vu le film d’Hazanavicius non plus, mais il me paraît possible de m’en faire une idée – mince, peut-être – grâce à la bande-annonce de celui-ci, à ce que j’ai pu lire ou entendre à propos d’Hazanavicius et à ce que je connais des films de Godard.
D’abord un aveu : non seulement je n’ai pas vu le dernier film d’Hazanavicius, mais je n’en ai vu aucun. Cependant, sa réputation de détourneur (ou de recycleur) d’images, de pasticheur, voire de parodiste, et d’amateur d’exercices de style est désormais solidement établie, des OSS 117 à The Artist. Elle se confirme dans la bande-annonce du Redoutable : un collage ou un concentré de figures de style et de tics godardiens : blagues de potache (un genre d’Almanach Vermot en plus pince-sans-rire ou plus distingué), aphorismes politiques aussi pesants que stupides (mais prononcés avec sérieux), gags très slapstick ; montage précis, couleurs magnifiques, tranchées, rendant aussi bien les tons vifs que le gris des trottoirs, des voitures et des costumes[i] ; plans qui semblent lorgner du côté du Mépris, citation de la musique d’A bout de souffle
Cette bande-annonce offre donc à nous regards et à nos oreilles comme un petit assortiment de ce qui peut émerveiller autant qu’atterrer dans le cinéma de Godard. On y sent le mélange d’admiration et de raillerie que l’on pourrait nommer troisième degré. Cette brève imitation, ce point de vue au troisième degré, voilà de quoi faire un pastiche réussi, en tant qu’exercice de critique par l’échantillon.
Maintenant, la question qui se pose est celle de la durée : cela peut-il tenir la distance dans un long-métrage ? C’est ce doute qui me fait hésiter, je l’avoue, à aller voir Le Redoutable[ii].
Un bon signe toutefois : j’ai entendu quelques critiques descendre en flammes ce film « réactionnaire », où l’on ose se moquer de Godard et de mai 68. Vraiment, les gens ne respectent plus rien. Pour ma part, je trouve au contraire qu’une certaine irrévérence est saine, si elle est pratiquée avec talent.
Et, puisque ma critique d’une critique et des critiques des développements de cette dernière commençait par une citation d’un vieil écrivain, finissons par en citer un jeune :
« Dragan disait : "Personne ne veut de la vérité vingt-quatre fois par seconde. Deux fois par mois, ça suffit amplement" ».
C’est de Clément Bénech, dans son dernier roman, dont je tâcherai de dire deux mots d’ici peu. Au travail, donc, pas de cinéma et, pour pasticher une réplique assénée par Jean-Paul Belmondo dans Pierrot le fou : « un film tous les cinquante livres ! »


[i] Les rues de Paris, dans les années 60 et 70, n’avaient pas toujours – et de loin – les couleurs pop que leurs prêtent les publicitaires d’aujourd’hui…
[ii] Et je n’ai à mes côtés aucune Brigitte Bardot en perruque pour me dire : « Ne va pas le voir… Oh et puis si, vas-y, toi, le voir… »

samedi 16 septembre 2017

Un appeau à imbéciles

Le Figaro Magazine a cru bon, il y a peu de poser en couverture cette question essentielle : « le pape est-il de gauche ? ». Ce titre annonçait la publication de bonnes feuilles d’un livre d’entretiens du pape François avec M. Dominique Wolton. Et tombait sans doute bien, aux yeux de la rédaction dudit magazine, après des déclarations faites le 21 août par le pape en vue de la prochaine journée du migrant et du réfugié.
Une telle question, posée dans de telles circonstances, par une publication qui se veut « de droite », ressemble, sinon à un signal, du moins à une provocation pour un certain public : le site internet du Figaro a été envahi de propos hallucinants – ou plutôt hallucinés – de quelques lecteurs sur le pape. De même, sur le site de Causeur, trois auteurs se sont succédé, avec un manque de talent plus ou moins criant, combien les récentes déclarations du pape leur déplaisaient[i]. Nouveau signal pour une meute de lecteurs-commentateurs dont on ne saurait dire si leurs transes relèvent de la possession ou de la maladie de Gilles de la Tourette. La quasi-totalité des commentaires approuvaient ces textes d’une manière proprement délirante, en rajoutant souvent. Deux autres auteurs contribuant occasionnellement à ce site proposèrent des textes en faveur du Saint Père[ii] : las ! la même meute se rassembla, les couvrant d’injures et ressassant les mêmes ruminations haineuses et obsessionnelles contre « Jorge Bergoglio », qu’ils ont du mal à reconnaître comme pape[iii].
A ce train-là, ce n’est plus de la haine, ni même de la rage, bien que les propos de tels commentateurs évoquent l’écume ou la bave qui suinte de la gueule d’animaux touchés par ce mal. Non, il faudrait plutôt songer à quelque purge, vidange ou débagoulis de sécrétions foireuses d’un diablotin que l’on viendrait d’asperger d’eau bénite – ou, pour être plus indulgent, d’un membre de la fédération nationale de la libre pensée à jour de ses cotisations contemplant une crèche de Noël devant la mairie de la sous-préfecture qu’il orne de son esprit fort.
(Pour revenir au Figaro, relevons un entretien accordé fin août par M. Laurent Dandrieu[iv], un homme assurément mieux élevé et plus subtil qu’une poignée d’internautes anonymes. Pour lui, ce qu’énonce François au sujet des migrants et des réfugiés est tout à fait dans la continuité de ce qu’énonçaient ses prédécesseurs Benoît XVI et saint Jean-Paul II. Et la mansuétude exprimée par ces papes envers lesdits migrants et réfugiés n’a pas l’heur de plaire à M. Dandrieu. Lequel n’est probablement pas sans savoir que l’institution de la journée du migrant et du réfugié remonte à un siècle environ, soit au temps du pontificat de Benoît XV. On s’interroge pour savoir depuis combien de temps le trône de saint Pierre est, selon M. Dandrieu, mal occupé. Reconnaissons-lui cependant le mérite d’une certaine politesse.)
A propos de continuité, ces attaques insensées contre l’actuel pape ne sont pas sans rappeler celles que l’on put entendre contre Benoît XVI et saint Jean-Paul II naguère. Seulement, ces attaques, émanant le plus souvent de journalistes illettrés, de libres-penseurs ou – autres fossiles vivants – de quelques « catholiques de gauches » (ou « d’ouverture »). Que ces gens attaquassent le pape avec bêtise, ignorance et mauvaise foi était, somme toute, dans l’ordre des choses[v]. Eh bien, maintenant, d’autoproclamés gardiens de la tradition catholique se comportent exactement de même[vi].
Au fond, cela n’est pas si surprenant. Dans les deux cas, nous avons affaire à des gens que les principes énoncés par le pape mettent mal à l’aise. Ils leur rappellent qu’être un chrétien exige des efforts et n’est pas de tout repos. C’est même inconfortable par moments. Il est donc compréhensible que certains grincent des dents à ces rappels. Mais, de même qu’il est quelquefois dit que l’Eglise est semper reformanda, ne sommes-nous pas semper reformandi ? S’il en était autrement, nous serions déjà des saints[vii]. Et, pour ce qui est de se sentir à l’aise, les plus lettrés se rappelleront que l’endroit peu flatteur où cette sensation se produit a été désigné de manière définitive par Bernanos[viii].
Il est quand même regrettable que les paroles du pape qui parviennent jusqu’au grand public fonctionnent le plus souvent comme des appeaux à imbéciles, de gauche ou de droite[ix]. Le pape ne parle pas à cette fin. S’il est permis d’être désarçonné de temps à autre, cela n’oblige pas à se joindre à quelque meute.


[i] Ici, , et encore . Avec deux articles du même auteur, pris d'un besoin urgent d'insister, au cas où l'on n'aurait pas compris sa pauvre rhétorique.
[ii] Ici et .
[iii] J’en viens à me demander s’il ne va pas y en avoir quelques-uns pour voir un complot dans le fait que Pâques tombe un 1er avril en 2018.
[iv] Voir ici.
[v] Il faut ajouter à cette liste des politiciens soucieux de ne pas passer pour « réacs », tel un Alain Juppé disant un jour que Benoît XVI commençait « à poser un problème » : en matière d’imbécillité, M. Juppé se posa là.
[vi] Pour les aider à ne pas sombrer, il y a ceci, de l’abbé de Tanoüarn, qui est rarement considéré comme un dangereux gauchiste.
[vii] Ce qui me rappelle une homélie entendue le jour de la Toussaint, il y a quelques années, où le prêtre nous disait que quiconque lui disant croire avoir atteint cet état se verrait montrer le chemin du confessionnal.
[viii] Dans Les enfants humiliés : « Être à l’aise… se mettre à l’aise… les lieux d’aisance… voilà précisément où je voulais en venir : on n’est à l’aise que sur le pot. »
[ix] Rendons justice à Causeur, où l’on peut lire d’intéressants propos à ce sujet, dans « le moi de Basile de Koch » de septembre, notamment sur l’attitude à adopter si tel ou tel propos du pape met mal à l’aise. Longue vie au président de Koch !

jeudi 7 septembre 2017

Une vieille muflerie

Début août, de retour de vacances, j’ai pu entendre, en allumant la radio, une annonce de la reprise au cinéma de Ginger et Fred, de Federico Fellini. J’entendis cette annonce plusieurs jours de suite sur France-Culture, accompagnée d’un thème, The Continental (tiré d’une comédie musicale d’avant-guerre avec Fred Astaire), joué par un saxophone solitaire et pépère.
Naturellement, on pourrait ne voir dans ce film que ce qui en était dit dans cette annonce : une dénonciation de la vulgarité télévisée, en particulier de celle qui émanait de quelques chaînes privées italiennes à l’époque de Ginger et Fred, soit vers 1985. Ce serait un peu limité ; on peut encore y voir une réflexion sur le sort fait à deux vieux artistes fatigués, exhibés comme des phénomènes de foire, mais aussi sur un monde spectaculaire où tout est fabriqué : la télévision, l’art de « Ginger » et de « Fred », autrefois imitateurs sympathiques des numéros virtuoses exécutés par Ginger Rogers et Fred Astaire pour l’industrie cinématographique américaine…
A sa première sortie en France, ce film tombait bien : c’était l’époque où, avec l’aide du gouvernement – alors socialiste – Silvio Berlusconi allait nous faire découvrir le genre de télévision qu’il avait déjà imposé en Italie. D’emblée, en matière de vulgarité, la « Cinq » pulvérisa des limites déjà bien lointaines.
Ginger et Fred fut donc une aubaine pour l’opposition : le gouvernement socialiste, qui se voulait l’ami de la culture, s’était fait l’importateur des fonds de poubelle de la télévision italienne et le complice de combines hautement berlusconiques. Ce n’était qu’un coup de plus porté à une majorité  de toute façon vouée à une déroute inévitable, à mesure qu’approchaient les élections législatives du 16 mars 1986. Elle en était elle-même convaincue, multipliant les affiches où l’on pouvait lire : « Au secours, la droite revient ! »
Parmi les tracts et fascicules électoraux qui encombrèrent les boîtes à lettres des Français à cette époque, je ne me souviens que d’une publication émanant du Parti socialiste : 16 mars magazine. Rien de bien remarquable là-dedans : les supposées réussites des gouvernements qui s’étaient succédé depuis mai 1981 y étaient vantées, dans tous les domaines, y compris celui de la culture, dont le nom de Jack Lang était presque devenu le synonyme. La « musique de jeunes » n’était pas oubliée : le rock avait enfin ses lettres de noblesse en France. Par exemple, on pouvait voir une photo où quelques jeunes gens à l’allure vaguement metal, hilares, étaient vautrés dans les fauteuils de quelque salle de concert ; sur la légende, on pouvait lire : « au "Gibus", un public qui n’a rien de Ginger ni de Fred ». Au musée, Fellini ! Place aux jeunes !
Les élections du 16 mars 1986 eurent le résultat que l’on sait. Les torchons de circonstance comme 16 mars magazine n’éveillent depuis longtemps plus aucun souvenir chez personne, à part quelques hypermnésiques dans mon genre. J’ignore si le « Gibus » existe encore, et peu me chaut. En revanche, les films de Fellini demeurent (ils ressortent même en salle), ainsi que les noms de leurs acteurs, Giulietta Massina et Marcello Mastroianni, par exemple. Reconnaissons qu’ils ne risquaient guère d’être atteints par les mufleries d’un plumitif anonyme loué par le Parti socialiste.
Ne nous y trompons pas : aux mufleries de la gauche, aux combines socialo-berlusconiennes allaient bientôt succéder les hautes vertus de la France éternelle, naturellement incarnées par la droite. Bientôt, Silvio Berlusconi, pour renouveler la concession de la « Cinq », allait fort bien s’entendre avec Robert Hersant, alors propriétaire du Figaro

jeudi 31 août 2017

Et en même temps, Léon Bloy

Serons-nous nombreux cet automne à nous rappeler le centenaire de la mort de Léon Bloy ? Peut-être pas moins, après tout, que ceux qui se croiront révolutionnaires en célébrant les cent ans d’un certain coup d’Etat pétersbourgeois aux conséquences globalement désastreuses. A tout prendre, mieux vaut se pencher plutôt sur l’œuvre toujours neuve d’un vieil imprécateur qui se disait lui-même « invendable » et « solitaire ».
En attendant la parution – annoncée pour le 14 septembre[i] – dans la collection « Bouquins » d’un recueil d’essais et pamphlets de Bloy, il est toujours possible, depuis juin, de lire Léon Bloy, la littérature et la Bible, ouvrage de Pierre Glaudes paru aux Belles Lettres. Sans m’aventurer à faire la critique de ce nourrissant essai, je me contenterai de livrer ici quelques pauvres réflexions, ou plutôt impressions, nées de la lecture d’icelui ou confirmée par elle. Elles tourneront autour de la notion de simultanéité.
Commençons par vendre la mèche à qui, sans avoir consulté les « sources » indiquées à la fin du volume, se jetterait dans la lecture de Léon Bloy, la littérature et la Bible, qu’il s’agit d’un recueil d’études publiées par M. Glaudes entre 1990 et 2015 : voilà qui rassurera les lecteurs que d’éventuelles redites pourraient risquer d’agacer. N’accusons pas le temps, mais considérons que ces études proviennent de contextes variés.
Le temps ? Dès la page 48 de Léon Bloy, la littérature et la Bible (« Le Moyen Âge », chapitre II de la première partie intitulée « Bloy, la Bible et l’Histoire »), la couleur est annoncée : pour Bloy, « le temps n’existe pas »[ii] et que les événements « ne sont pas successifs mais contemporains d’une manière absolue »[iii], se déroulant « sous nos yeux, comme une toile immense ». Le temps, donc, n’est pour Bloy que l’illusion qui résulte nécessairement des limites de notre vision, qu’il qualifie de « successive »[iv].
Dès lors, il est possible de ne plus s’étonner de certains traits de l’œuvre de Bloy qui, juxtaposés, pourraient donner à celle-ci un caractère en apparence paradoxal. En voici une énumération qui ne prétend en rien à l’exhaustivité : humoristique, mystique, satirique, hérétique, orthodoxe, tendre, violente, grossière, eschatologique, raffinée voire maniérée, martelée, hurlée, subtile, érudite, ordurière voire scatologique[v], moderne, baroque, archaïque[vi], ironique, naïve, perspicace, absurde…
Nous savons donc, munis de cet avertissement, que l’énumération de ces qualificatifs ne saurait être précédée d’un tour à tour qui ne serait que pure rhétorique. C’est bien en même temps qu’il faut dire. Nous ne devons plus donc nous étonner, mais peut-être même plutôt nous réjouir, de la surprise qui nous saisit à la lecture ou à la relecture d’un livre de Léon Bloy. Nous en prendrons toujours plein les moustaches[vii] et, par notre pauvre vision, nous n’aurons peut-être jamais fini d’en disséquer – vainement ? – tel ou tel aspect.
Dans ses derniers jours, Léon Bloy affirmait attendre « les Cosaques et le Saint-Esprit ». Pour ce qui est des Cosaques, l’époque s’y prêtait bien. Mais le Saint-Esprit ? Il serait tentant d’accuser Bloy de faire peu de cas de la Pentecôte. Ce serait oublier cette sacrée simultanéité : peut-être sommes-nous encore trop souvent dans l’état où étaient les Apôtres avant ce jour-là.
Dans ces conditions, si en un siècle l’œuvre de Bloy ne nous a pas quittés, nous pourrons bien attendre deux petites semaines avant d’aller taquiner le libraire[viii].
(Soit dit en passant, cet en même temps est d’une autre trempe que celui de notre président de la république et la pensée de Bloy me paraît autrement complexe que celle dont se targue ce jeune chef d’Etat. J’avais méchamment évoqué – ici – l’ombre de Huysmans à son propos, et pas dans ce qu’elle a de plus admirable. Mais trêve de piques de circonstance.)


[i] Voir ici.
[ii] Entrée du 29 juin 1903 dans Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne.
[iii] Cette citation, ainsi que les deux suivantes, est à trouver à l’entrée du 8 août 1894 dans Le Mendiant ingrat.
[iv] Propos digne de ceux de certains physiciens depuis cent ans environ, qui pourraient nous paraître abscons, mais…
[v] Eschatologique, scatologique : inquiétante homophonie.
[vi] Sur ces trois derniers traits, il est logique qu’il soit question de Bloy dans Les antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes, essai d’Antoine Compagnon paru en 2005 chez Gallimard.
[vii] Fournies et bloyennes (infiniment plus que nietzschéennes), naturellement.
[viii] Pour ceux qui ne possèdent pas ces textes, déjà réédités au Mercure de France entre 1964 et 1975. On en trouve aussi aux éditions la Part commune. D’autres initiatives existent, ici par exemple.

vendredi 25 août 2017

De quelques nécrologies

Tout ou presque aura été dit de quelques personnalités décédées cet été. N’en ajoutons donc pas et contentons-nous de saluer la silhouette de Jeanne Moreau errant dans un Paris nocturne, filmée par Louis Malle, récitant un monologue écrit par Roger Nimier tandis que nous entendons la trompette de Miles Davis[i], dans Ascenseur pour l’échafaud[ii].
Une autre silhouette à saluer est celle de Claude Rich, que la même Jeanne Moreau, dix ans après Ascenseur pour l’échafaud, défenestrait dans La Mariée était en noir[iii]. L’air sans âge de vieux jeune homme détaché, ironique et gourmand qu’il affichait dans tous ses rôles faisait merveille, aussi bien dans Le Caporal épinglé[iv] que dans Les Tontons flingueurs… Cet air confine à la perfection quand il prend les nuances aigres d’une rage sourde, comme dans Le Crabe-tambour, par exemple. Et comment ne pas saluer un homme qui dit un jour : « J’aime Dieu. Je le fréquente tous les dimanches » ?
A propos de gourmandise, nos amis les journalistes n’ont pas manqué de faire un tour en cuisine pour rendre hommage à Christian Millau, en qui pour la plupart ils n’ont retenu que le critique gastronomique, « inventeur-de-la-nouvelle-cuisine » et « créateur-avec-Henri-Gault-du-guide-qui-porte-leur-nom ». C’est injuste, car il eût aussi fallu saluer un peu plus celui qui, jeune homme, côtoya de nombreux artistes et écrivains et, l’âge venu sut en parler avec quelque bonheur, notamment dans Au galop des hussards.
Naturellement, on n’aura pas manqué de dire qu’avec de telles figures c’est tout une époque qui s’efface encore un peu. C’est banal, mais les banalités ne sont pas toujours fausses.
Les nécrologies, les éloges ou les hommages ne sont pas toujours aussi élégants, par exemple lorsque l’on tombe dans le monde de la politique. Il se dit par exemple qu’à l’occasion de la mort de Simone Veil une journaliste aurait reçu de Mme Sibeth Ndiaye, ministre de quelque chose, un message confirmant censé lui confirmer l’événement : « Yes, la meuf est dead ». Mme Ndiaye a tenu à démentir ces faits réels ou supposés – et on la comprend. De sorte que nous jetterons sur cette affaire un voile pudique, ne sachant à quoi nous en tenir entre la parole d’une ministre et celle d’une journaliste.
Ce qui s’est raconté à la mort de Nicole Bricq est plus frappant. Cette dame fut ministre de quelque chose du temps de M. Hollande, avant de redevenir sénatrice et de se rallier à la « majorité de M. Macron ». Or voici que sa suppléante, une certaine Mme Lipietz, s’est crue obligée – ou libre – de tenir les propos suivants après la mort accidentelle de Nicole Bricq : « Nicole est morte, me revoilà peut-être sénatrice »[v].
D’aucuns ont trouvé léger, voire indécent, le ton presque guilleret employé par Mme Lipietz. Il est vrai que ces propos ne sont pas sans rappeler ceux que doit rituellement tenir le popotier à la fin du discours par lequel il ouvre un repas de militaires[vi]. Certes, ce ton paraît pour le moins déplacé dans de telles circonstances. Mais ce qui frappe encore plus, y compris dans les réponses que cette dame a faites aux critiques, c’est qu’elle ramène tout à elle : moâ, moâ, moâ, clame-t-elle… Il n’est après tout demandé à personne de moasser ainsi aux enterrements.


[i] Il sied de rappeler que l’éminent trompettiste était entouré à cette occasion de Barney Wilen (saxophone ténor), René Urtreger (piano), Pierre Michelot (contrebasse) et Kenny Clarke (batterie), ce qui, somme toute, est plus qu’honnête.
[ii] Un film de pure forme : avec un argument bien mince, il repose entièrement sur les acteurs, la réalisation, les dialogues et la musique.
[iii] Ce film, réalisé en 1967 par François Truffaut, a un peu moins bien vieilli que le précédent.
[iv] Curieuse et intéressante – quoique fort infidèle – adaptation par un Jean Renoir vieillissant du récit plus que recommandable de Jacques Perret, qui porte le même titre.
[v] Voir ici.
[vi] De mémoire : « Bon appétit, messieurs ! Que la première vous régale et que la dernière vous étouffe, dans l’ordre hiérarchique descendant, afin de faciliter par les voies naturelles l’avancement dans l’armée française, ce dont je serai le dernier et indigne bénéficiaire. »

vendredi 18 août 2017

Petits morceaux

Les Républicains (Cécile Guilbert) :
Que font deux anciens élèves d’une école plus ou moins grande lorsque, la cinquantaine venue, ils se rencontrent après s’être perdus de vue ? Le risque est fort qu’ils aillent prendre un verre, voire manger un morceau, et se jauger l’un l’autre, chacun demandant à l’autre ce qu’il devient. A ce risque peut s’ajouter, s’il s’agit d’un homme et d’une femme, le piment – un peu éventé – d’un vague reste de désir. Si la femme est écrivain – peut-être un double de l’auteur – et si l’homme est un de ces conseillers de politiciens interchangeables (les politiciens ou les conseillers, c’est selon), ce sera aussi l’occasion de nous peindre « le tableau d’un pays abîmé par l’oubli de sa grandeur littéraire, enkysté dans la décomposition politique et le cynisme de son oligarchie », comme l’affirme joliment la quatrième de couverture des Républicains, roman de Cécile Guilbert.
La chose est plutôt bien écrite, et il vient quelques bonheurs sous la plume de Mme Guilbert, comme :
« Tu en profitas pour demander l’addition et examiner de plus près les titres de la petite bibliothèque située à ta droite, un bric-à-brac où voisinaient Walter Scott et Napoléon, Eugène Sue et Montaigne. Après quelques minutes, tu jetas ton dévolu sur un volume de Benjamin Constant mais à ta grande surprise tes doigts butèrent sur un mur de cuir : une vulgaire déco, quel gag ! »
Hormis ces quelques plaisirs, on retire peu de chose de la lecture des Républicains : le monde de la politique n’est pas tendre, celui des affaires non plus, et la littérature fait rarement de vous une personne en vue. Conseillers des « princes » chargés de secrets ou d’anecdotes et bourgeois intellectuels, moins initiés mais prétendant penser, raisonnent comme votre boulangère, à ceci près que leur vocabulaire est plus riche et qu’ils ne seront jamais capables de vous fournir du pain.
Sorti en mars 2017, ce roman ne va pas jusqu’à prédire les surprises politiques de ce printemps, se contentant de nous dire assez justement que « l’élection présidentielle approchait, crise épileptoïde nationale qui promettait un degré d’incertitude inégalé dans les annales de la Ve République au couchant, menacée par la barbarie djihadiste et livrée aux pires surenchères populistes. » On ne saurait reprocher à Mme Guilbert de n’être point devineresse. Les italiques rendent bien quelques tics de langage du moment…
Cécile Guilbert essaie, dans Les Républicains, de faire varier les points de vue : récit à la première personne (de « la fille en noir » et de Guillaume Fronsac), à la deuxième (adressé à « la fille en noir ») ou à la troisième personne… Le procédé n’est pas très efficace car le ton ne change guère d’un chapitre à l’autre.
Le lecteur apprendra quand même que les écrivains exigeants penchant à gauche ne sont pas toujours épargnés par une forme de dégénérescence – sinon mentale, du moins stylistique – qui frappe d’ordinaire de médiocres plumitifs d’extrême droite ; il s’agit de cette manie qui consiste à forger des mots-valises en en emmanchant deux de manière à les associer en une tournure qui se veut révélatrice. Ainsi, « la pathétique Frigide Barjot » est qualifiée page 17 d’« égérie cathomophobe de la Manif pour tous ».
Gageons que ce moment de bêtise est celui de « la fille en noir » (qui est dans ce chapitre la narratrice) et non celui de Mme Guilbert. Nous ne saurions confondre abusivement un personnage et son auteur.
Prises de bec (Curzio Malaparte) :
Un des mérites (et non des moindres) des Républicains est de nous rappeler (page 178) que la place de la Concorde matérialise « un vide, comme l’avait bien vu Malaparte ». Notre mémoire nous oriente vers le Journal d’un étranger à Paris, réédité il y a déjà un bon moment. Les Belles Lettres nous proposent à présent des Prises de bec du même Malaparte. Le livre n’est pas ouvert sans quelque appréhension : celle, bien sûr, d’avoir affaire à un ramassis de fonds de tiroir d’un écrivain apprécié, de ces petits morceaux sans intérêt qui font pester contre l’affairisme charognard de certains éditeurs ; à quand les listes de courses ou les déclarations d’impôts ?
Soyons juste : ce n’est pas ici le cas. Il s’agit de textes parus dans un magazine italien entre 1953 et 1956, courtes chroniques de valeur inégale : un écrivain n’est pas toujours inspiré quand il s’agit de livrer sa copie hebdomadaire, et certains propos de circonstances perdent vite de leur intérêt. Les vues politiques de Malaparte sont, comme toujours, fluctuantes, mais certaines sont encore justes aujourd’hui, et pas qu’en Italie, comme ce qui est écrit du Parlement dans « Un honnête souhait », qui ouvre l’année 1955.
Les amateurs y trouveront cependant quelques bons morceaux de ce qui rend Malaparte aussi irritant que séduisant : étalage de carnet d’adresse (Pie XI, la reine des Belges, Marlène Dietrich, Paul Reynaud…), tendresse pour les petites gens (« L’Italie de De Amicis »), sens du détail comique (« Petit-déjeuner obligatoire ») ou anecdotes plus ou moins drolatiques qui n’avaient pas trouvé leur place dans Kaputt (« Du côté des catholiques »). Sans oublier, comme dans « Voyage au pays des miracles », un sens certain de la prose poétique.
Romans inachevés (Stendhal) :
S’il faut parler d’exploitation des fonds de tiroir d’un grand écrivain, c’est bien à l’occasion de la parution (dans les « Cahiers Rouges » chez Grasset) des Romans inachevés de Stendhal, qui nous sont fourgués avec une bande les disant inédits et une présentation par le Stendhal Club.
Sur le caractère inédit de ces morceaux, toussotons : tous ces embryons, faux départs ou vagues projets sont en fait disponibles depuis 1982, parmi encore d’autres, dans un volume intitulé Le Rose et le Vert, Mina de Vanghel et autres nouvelles, préfacé et annoté par Victor Del Litto, professeur à l’université de Grenoble (« Folio classique » n° 1381). Reconnaissons qu’ils sont assez oubliables (y compris par Stendhal lui-même, selon toute vraisemblance) pour que le lecteur qui possèderait ce volume se soit laissé avoir par ce coup des éditions Grasset. Il s’agit ou bien d’ébauches de deux ou trois pages, ou bien de longs débuts poussifs (Une Position sociale) ou bien de départs en fanfare se perdant dans les sables faute de savoir où aller ensuite (Féder, de loin le plus intéressant, par son ton, son sens du portrait, sa drôlerie…).
Quant à la présentation par le Stendhal Club… MM Charles Dantzig, Dominique Fernandez et Arthur Chevallier y échangent platitudes et extravagances, imaginent des films impossibles, placent le mot « gay » (c’est devenue une manie chez M. Dantzig), se demandent s’ils veulent encore un coca, se comparent à Valery Larbaud et traitent – en prenant la voix de Stendhal – d’écrivaillons les Hussards avant de s’en prendre aux professeurs d’université. C’est que Hussards et universitaires auraient classé Stendhal « à droite » (ah bon ?). Scrogneugneu, Stendhal est à gauche, qu’on se le dise ! Observons au passage que d’ordinaire c’est aux gens de droite que l’on reproche une certaine démagogie anti-universitaire. Savoir qu’elle existe aussi à gauche est somme toute rafraîchissant.
Quoi qu’il en soit, ce mini-Stendhal et les propos papillonnants de trois messieurs se voulant probablement stendhaleux ne nous stendhalisent guère.