vendredi 11 août 2017

« Monsieur Onfray au pays des mythes » (Jean-Marie Salamito)

Est-il besoin de présenter M. Michel Onfray, philosophe prêchant avec un certain charme son hédonisme libertaire et athée ? L’homme a ses entrées à la radio et à la télévision ; il anime à Caen une « université populaire » dont les conférences, brillantes, drôles et vives quoiqu’un rien péremptoires, sur l’histoire de la philosophie sont diffusées chaque été sur France-Culture. Il publie aussi des livres.
Les idées ou les croyances de M. Onfray ne seront point débattues ici. Que M. Onfray soit un athée, sinon militant, du moins proclamé[i], nous le déplorons pour lui et pour ceux qui sont sensibles à ses prêches, mais c’est son droit. Encore faudrait-il que l’intéressé usât d’arguments autres que ceux relevés par certains dans son dernier ouvrage, Décadence, s’il voulait que son antichristianisme fût pris au sérieux ; s’il voulait aussi que l’on considérât cet aspect de sa pensée comme autre chose qu’une rage d’une stupidité quasi-pathologique chez un homme qui sait par ailleurs donner, non sans aisance, des preuves d’intelligence.
Certains de ses arguments ont donc été relevés at analysés pour être mieux – et facilement – réfutés par M. Jean-Marie Salamito dans un bref ouvrage, Monsieur Onfray au pays des mythes, paru cette année[ii].
Que reproche M. Salamito à M. Onfray ? D’avoir une connaissance bien superficielle du christianisme, en particulier de celui des origines, et d’en réinventer l’histoire et la mensée à sa convenance. Et les résultats sont parfois croquignolets. Ainsi, pour M. Onfray, Jésus n’aurait pas existé et le christianisme serait une invention de Saint Paul, lequel aurait d’ailleurs détourné le message de ce Jésus imaginaire… M. Onfray, après tout, aurait tort de se gêner en étant à une incohérence près, faisant remonter, selon le vieux mythe éculé, l’antisémitisme qui fit les ravages que l’on sait au XXe siècle au même Paul, lui-même juif… Nous en passons, et de plus épicés, qui sont décortiqués dans Monsieur Onfray au pays des mythes.
Les exemples relevés et démontés par M. Salamito auraient pu – ou dû – être pris avec un éclat de rire et un haussement d’épaules. Or, s’il a fallu que le professeur d’histoire du christianisme antique à la Sorbonne qu’est M. Salamito ait pris sur son temps pour se fendre de sa fort recommandable réfutation, c’est qu’il est à redouter que, compte tenu du prestige dont jouit M. Onfray, le genre d’énormités dont il parsème ses propos aient rencontré quelque écho parmi des gens a priori fort sensés. Ce qui serait dommage. M. Salamito, comme il l’affirme dans le prologue de Monsieur Onfray au pays des mythes, n’a pas entendu écrire « un pamphlet mais plutôt, selon l’expression de Montaigne au seuil de ses Essais, "un livre de bonne foy". Une mise au point, un effort pour rétablir, sans acrimonie, quelques vérités historiques », ajoutant qu’il ne fait en somme que son métier.
Après avoir réfuté donc, de manière souvent drôle et toujours érudite, les affirmations de M. Onfray, M. Salamito s’adresse directement à lui, dans un « envoi » qui clôt (presque[iii]) le livre. En termes bienveillants, il résume les reproches qu’il a à lui faire :
« Au fond, vous qui vous réclamez de la raison, vous avez joué contre cette raison qui constitue notre bien commun, quelles que soient nos convictions personnelles. Au nom de la connaissance, vous avez accumulé les ignorances. Au nom de la critique, vous avez gonflé des baudruches et diffusé des mythes… »
Cet envoi, de l’aveu de son auteur, « tient un peu de la bouteille à la mer » : M. Onfray y répondra-t-il ? L’incertitude résiderait, selon M. Salamito, dans la différence qu’il y a entre la notoriété de M. Onfray et la sienne propre. Il reste une autre hypothèse, moins optimiste : rien ne nous prouve l’existence de monsieur Onfray. Qui sait s’il ne s’agit pas d’un personnage mythique inspiré d’un certain pharmacien au voltairisme crasse, issu de l’œuvre de Gustave Flaubert ? Philippe Muray, qui était probablement moins charitable que M. Salamito, n’a-t-il pas un jour parlé quelque part de « Michel Homais » ? L’incertitude demeure donc.


[i] Il est, entre autres titres, l’auteur d’un Traité d’athéologie.
[ii] Aux éditions Salvator, avec pour sous-titre : « Réponses sur Jésus et le christianisme ».
[iii] Une bibliographie (« Pour aller plus loin ») suit le propos.

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