dimanche 22 septembre 2013

Fourrez-moi tout ça au Panthéon !

Force m’est d’avouer que j’entretiens un rapport étrange avec M. Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, depuis quelques mois. Un jour d’avril, en effet, alors que je déjeunais dans un café, le garçon se mit à me dévisager d’un air curieux. Il finit par me dire qu’il me trouvait une ressemblance avec un ministre, mais lequel ? Ah oui, Peillon ! Devant mon étonnement, il ajouta que cette ressemblance lui avait sans doute été suggérée par la monture de mes lunettes. Et, vu la tiédeur de ma réaction, précisa que cette ressemblance lui paraissait somme toute assez vague. Je lui confirmai, plus souriant, qu’elle devait être bien vague, en effet.
-          Ils n’ont pas la cote, en ce moment, conclut-il.
-          Non, acquiésçai-je.
D’autant que M. Peillon est l’auteur de propos assez ahurissants, comme :
« La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. C’est une nouvelle naissance, une transsubstantiation qu’opère dans l’école et par l’école cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi. »
J’avoue ne pas avoir lu La révolution française n’est pas terminée, livre publié par M. Peillon en 2008 aux éditions du Seuil, mais une telle citation suffit à m’édifier. Venant de je ne sais quel zinzin utopiste de 1848, cela prêterait à rire et aurait sa place dans un tableau digne de L’éducation sentimentale, mais voilà, l’auteur de tels propos est aujourd’hui ministre. Je me demande si je ne vais pas devoir remplacer la monture de mes lunettes.
Cette allusion à 1848 n’est pas un hasard. La dimension religieuse du républicanisme le plus forcené et la rage à se substituer à l’Eglise ne sont pas des nouveautés.
 
Le sacré républicain
J’ai déjà évoqué cet été les haussements d’épaules que provoquent chez moi les festivités du 14 juillet. On croit souvent que ces festivités commémorent la prise de la Bastille en 1789 alors qu’officiellement elles commémorent la commémoration de cet événement que fut la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790. Ce jour-là, une messe fut célébrée sur le Champ-de Mars, présidée par Talleyrand, évêque dont on connaît l’élévation mystique.
Ce goût de la mascarade ou de la substitution aux signes du catholicisme se retrouverait, si l’on en croit Léon Bloy[i], dans les bustes de Marianne (qu’il qualifie de « salope de plâtre ») qui se multiplièrent dans les édifices publics dès la troisième république : on donna à la vénération des Français, au lieu d’une personne incarnée (la Sainte-Vierge) un personnage imaginaire, censé symboliser je ne sais quelle abstraite liberté, auquel on donne de temps à autre la tête d’une actrice célèbre du moment…
Tout cela (pétards et jolis minois) n’est bien entendu que de la petite bière à côté du temple des grands hommes de la nation, le Panthéon. Encore un bel exemple de substitution.
 
Encore un souvenir personnel
Je suis entré une fois dans cette intimidante commode. Ce devait être au printemps de 1978, ce qui me faisait un peu moins de six ans. Le souvenir de cette visite est donc un rien confus, quoique je me rappelle un lieu sombre et poussiéreux, suintant l’ennui. Des peintures froides (Puvis de Chavannes ?) qui l’ornent, je n’ai retenu que celles qui représentent le martyre de Saint-Denis et le miracle qui s’ensuivit : Saint-Denis marchant, sa tête fraîchement coupée sous le bras, pour aller trouver le repos éternel au lieu qui prendra pour nom Montmartre. Commençant à connaître quelques bribes d’histoire de France, je pensai qu’il était dommage que Louis XVI n’ait pas eu le droit d’user d’un tel procédé.
Comme on le voit, la République et moi, c’était mal parti.
L’ennui presque angoissant qui suintait d’un tel lieu est, je veux bien en convenir, un souvenir largement reconstitué. Mais je parierais que la différence d’avec une basilique ou une cathédrale devait déjà confusément m’apparaître. Dans une église d’une certaine taille (comparable à celle du Panthéon), on peut voir à toute heure des gens qui prient, des cierges ou des veilleuses qui brûlent, prolongeant des prières et une présence divine signifiée par la lampe qui brûle auprès du tabernacle. Peut-être toute cette vie est-elle rendue possible par le fait de savoir que l’on s’adresse à Quelqu’un (ou à l’intercession auprès de Quelqu’un) en priant. Au Panthéon, rien[ii].
Un peu d’histoire
Mais je vous entretenais de substitution. Le bâtiment qui abrite le Panthéon fut à l’origine une église, érigée à la suite d’un vœu de Louis XV. La croix qui surmonte encore aujourd’hui son dôme en témoigne. Ce n’est que pendant la révolution qu’elle connut sa transformation en caveau républicain. Avant de redevenir église, puis Panthéon, puis église, puis Panthéon…
Cette histoire est fort bien résumée dans le Dictionnaire historique des rues de Paris de Jacques Hillairet[iii] et savoureusement évoquée dans un chapitre du XIXe siècle à travers les âges, de Philippe Muray.
Le souvenir sépulcral, quelque peu rebutant, de l’intérieur du Panthéon me revient toujours lorsque je passe sur la place du même nom : avez-vous remarqué, en effet, comme ses murs sont aveugles ? On dirait d’un tombeau géant, comme hypertrophié. Or il se trouve que l’église Sainte-Geneviève (tel était son nom, à l’origine) possédait de grands vitraux dont les ouvertures furent murées à la Révolution. Le Dictionnaire déjà cité plus haut présente sobrement cette transformation :
« L’église, achevée au début de la Révolution, était loin d’être le monument de nos jours. Elle avait alors 42 hautes baies (on reconnaît leur emplacement dans les mornes façades actuelles), deux clochers de section carrée, de près de 40 mètres de haut…[iv] »
En cherchant bien, on pourrait conclure de cet emmurement que là où le catholicisme appelle et utilise la lumière et les couleurs comme moyens missionnaires, le sépulcral culte républicain des morts se plaît à une obscurité qui aurait un caractère pourquoi pas ésotérique, voire occultiste. Je ne m’attarderai pas sur ces considérations, qui sont exposées et développées avec érudition et ironie par Muray dans le déjà évoqué XIXe siècle à travers les âges (à ceci près que ce livre traite plus précisément des rapports du socialisme avec l’occultisme).
Toujours pour comparer la religion catholique et la religion républicaine appelée par les vœux de M. Peillon, il me semble que la seconde, fabriquée de bric et de broc par la seule volonté de quelques-uns, est terriblement datée. Et que, comme tout ce qui est daté, elle se démode.
 
Panthéonisez-les tous !
Qui, du reste, s’intéresse au Panthéon, de nos jours ? Oh, quelques touristes venus de loin doivent bien s’y égarer. Je ne saurais dire combien de Parisiens s’y sont aventurés.
Nos politiciens, en revanche, et quelques intellectuels aussi (pour ne pas mentionner les journalistes), parviennent encore, en se battant les flancs, à s’échauffer momentanément sur ce lieu de leurs rituels fatigués[v]. Et, de temps en temps, un président caresse le projet d’ajouter un grand homme à la liste des pensionnaires.
En ce moment, par exemple, l’individu-dont-j’ai-oublié-le-nom (etc.) manifeste cette haute ambition. On parle d’y mettre le corps d’une femme célèbre, car la Panthéon manquerait de femmes. Des noms circulent (Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir…). Une consultation a même été lancée sur le site internet du Panthéon (attention, elle prend fin ce soir !). Personnellement, je n’ai pas profité de cette consultation, n’étant pas de la secte. J’aurais bien, sinon, proposé le nom de quelques femmes qui illustrèrent l’histoire de notre république : pourquoi pas Thérèse Humbert, Marthe Hanau ou, mieux encore, Marthe Richard (vous savez bien, la veuve qui clôt) ? Cette dernière me semble parfaite : vraie prostituée, fausse espionne (ses exploits de la Grande Guerre, intégralement inventés, lui valurent la légion d’honneur !), fausse résistante… Avec elle, on entre enfin dans le monde moderne : tout n’est que récit (pardon : story-telling), sauf le sordide.
Mais au fond, si ces gens aiment à prendre des vessies pour des lanternes, je leur suggère de transférer les cendres (comme ils disent) d’Emma Bovary, pionnière de l’esprit contemporain. Ce serait d'autant plus pratique qu’aucun de ses parents ne serait en mesure de s’y opposer.
En tout cas, de grâce, personne d’estimable ou de sérieux. Certains ont cité le nom d’Albert Camus. Pour ma part, je respecte trop cet esprit probe (avec lequel je me sens peu en commun, mais…) pour voir sa dépouille finir en un tel lieu. Qu’on laisse reposer son corps là où ceux qui l’aimaient – et ceux qui l’aiment – ont choisi de l’enterrer.
Proposition de renouvellement des pompes républicaines
Pourquoi, aussi, toujours se tourner vers les morts ? Et les vivants, alors ? Oui, créez donc un Panthéon vivant ; à peu près toute la classe politique y serait admise. Abrités de nos regards et de nos oreilles par les murs sourds et aveugles du grand édifice, les politiciens pourraient à loisir s’époumoner et s’empoigner sur leur interprétation du pacte républicain (tic de langage à la mode ; ne me demandez pas ce que cela signifie). Sans déranger personne, laissant chacun vaquer à ses occupations en paix. Chaque semaine, un détachement de la Garde Républicaine, musique en tête, viendrait ravitailler les grandes femmes et les grands hommes. Ce serait un spectacle édifiant pour les enfants et cela ferait prendre l’air aux magnifiques chevaux de notre gendarmerie.
Et lorsqu’il en mourrait un, de temps en temps, il pourra être enterré aussitôt, sur place. Dans un moment solennel, les politiciens rivaliseraient d’éloquence pour saluer sa mémoire. Et ils en seraient fort émus.

[i] Bloy évoque aussi un 14 juillet en ne cachant rien de ce que lui inspire la grossièreté de telles réjouissances, dans un beau passage de La femme pauvre.
[ii] Sinon quelques ossements et de vagues sentiments, comme l’annonce fièrement le dernier couplet de la Marseillaise, le plus allumé, le plus kitsch de tous ; je ne résiste pas à l’envie de vous le rappeler :
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus.
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre.
Sublimement amphigourique, non ?
[iii] Magnifique ouvrage en deux lourds volumes, paru aux éditions de Minuit pour la première fois en 1963, et dédié à tous les Parisiens et amis de Paris. Indispensable.
[iv] J’aime assez ce mornes façades. Quelques autres entrées de ce dictionnaire, lorsqu’elles retracent des épisodes de la Révolution – et en particulier de la Terreur – qui s’y produisirent, me font soupçonner que le colonel Coussillan (vrai nom d’Hillairet) ne devait pas être un républicain des plus ardents. Mais je peux me tromper.
[v] Comment ne pas rappeler cette descente de François Mitterrand dans ces ennuyeuses cryptes, en 1981 ? L’homme, au milieu des grands hommes, seul avec toute une équipe de télévision… Je me demande à quel point Mitterrand, grand cynique, ne se moquait pas de ses admirateurs éperdus…

samedi 14 septembre 2013

Quelques relevés absurdographiques

Comme je me proclame absurdologue, autant vous faire profiter de quelques notes alimentant la patiente et désintéressée étude de notre monde que je prétends mener. Nommons absurdographie la discipline qui consiste à prendre ces notes. Cette quête, digne des travaux de Sisyphe, ne saurait se passer de l’absurdométrie, qui est la mesure de ce monde. Ensemble, elles nourrissent cette haute science – encore peu formalisée – que je prétends servir et que je nomme absurdologie.
Il est à regretter, toutefois, que l’absurdométrie n’en est qu’à ses balbutiements, voire à ses vagissements, les instruments qui la servent étant ces temps-ci facilement détruits (trop sensibles, peut-être). Patience !
Fumisteries
C’est là le titre d’une anthologie parue chez Omnibus en 2011 et que j’ai enfin pris le temps de lire sérieusement. Précisons qu’elle est sous-titrée Naissance de l’humour moderne, 1870-1914. Elle procure le plaisir ou la joie de relire quelques textes déjà connus ou disponibles par ailleurs – de Bloy (tirés surtout des Histoires désobligeantes et de l’Exégèse des lieux communs), de Villiers de l’Isle-Adam (principalement tirés des Contes cruels) ou encore d’Alphonse Allais – mais aussi de découvrir quelques autres plumes et cerveaux loufoques comme on en trouvait au Chat noir ou parmi les fumistes, les hydropathes et les zutistes.
Ma préférence va, parmi, ces oubliés, à un certain Gaston de Pawlowski – peut-être pas le plus drôle, mais assez prophétique quant à certains traits de notre époque, notamment en matière d’ennui, d’uniformité et d’absence de goût. Bien sûr, on y trouve aussi des noms allant de Flaubert à Jarry, en passant par Barbey, Huysmans, Cros…
Comme ces textes sont courts, il est possible de les lire aussi bien en bûcheron de la première à la dernière page – il y en a un bon millier – qu’en picorant selon son plaisir, son goût ou ses intérêts, voire au hasard, lequel est parfois un déguisement que revêt par humilité la Providence.
Un tel recueil permet de s’interroger sur notre époque : ne serions-nous pas devenus les personnages d’une longue épopée qu’essaierait d’écrire un hydropathe sévèrement attaqué par l’absinthe ?
Une chance au grattage ?
Qu’on en juge plutôt : récemment, un homme, ayant perdu la foi, a demandé à la paroisse où il avait été baptisé de faire rayer son nom du registre des baptêmes. En somme : d’annuler son baptême. Devant le refus de cette paroisse, le voici qui décide d’attaquer celle-ci en justice. Et qui l’emporte !
(Ici, chers lecteurs, vous n’aurez qu’à imaginer une ligne faite d’un savant entrelacs de points d’exclamation et de points d’interrogation, du meilleur effet à mon avis.)
La paroisse ayant fait appel, ce jugement a, Dieu merci, été annulé.
A ce sujet, j’ai apprécié deux remarques de Victor Loupan, entendues hies sur Radio Notre-Dame : les esprits modernes semblent avoir perdu de vue le fait qu’un baptême n’est pas l’adhésion à un parti politique (j’ajouterais pour ma part : ni à une société de pêche) mais un sacrement qui ne saurait être « défait » ou « annulé » ; et, si c’était le cas, pourquoi ne pas exiger que la Seine coule d’ouest en est ?
 
Sur les ondes
Pendant ce temps, une autre radio, France-Culture, proclame, tambourine et trompette sa présence ce week-end à la Fête de l’Huma. On ne refera pas nos amis les gens de gauche (journalistes ou artistes), qui se sentent encore obligés d’apprécier la conversation du cadavre d’un vieux bandit.
Je sais : je devrais quand même finir par comprendre que le communisme visait de nobles idéaux, ce qui le rend éternellement admirable, en dépit de tout ce qu’il s’avéra être.
 
Qui ???
Je me suis laissé dire qu’un homme dont le nom m’échappe, quoique je me rappelle qu’il m’évoque curieusement une province des Pays-Bas, et à qui des rumeurs prêtent de hautes fonctions dans notre belle France a prévu de parler dimanche soir au journal de 20h d’une chaîne de télévision connue pour louer du temps de cerveau à une pharmacie d’Atlanta qui a mal tourné…[i]
Eh bien, je n’en pense rien. Si ce n’est que je me félicite de ne plus avoir depuis quelques années un poste de télévision chez moi.


[i] Avez-vous compris quelque chose ? Peut-être un atavisme scandinave explique-t-il mon goût immodéré pour les périphrases ? Borges a étudié la chose bien mieux que je ne saurais vous le dire dans son Essai sur les littératures germaniques médiévales.

dimanche 8 septembre 2013

Un pays de conte de fées

Un récent survol de la presse suédoise m’a appris le passage du président Obama à Stockholm, sur le chemin de Saint-Pétersbourg. Occasion pour un journal de rappeler quelques clichés sur la Suède répandus, paraît-il, aux Etats-Unis.
 Exotisme
Il ressortait d’un article que j’ai pu lire que, selon les Yankis, la Suède serait en gros un pays peuplé de sociaux-démocrates blonds, dépressifs (voire suicidaires) mais sexuellement débridés. Voilà de quoi faire sourire poliment et avec quelque condescendance tout Suédois qui se respecte (lequel n’éclatera ou ne hurlera de rire que s’il a l’excuse d’être ivre ; autre cliché, peut-être, plus local ?).
Les Suédois ne seront pas les seuls à sourire : quels grands enfants, ces Américains ! Nous devrions cependant balayer devant notre porte.
Pour avoir personnellement quelques liens avec le pays qui nous intéresse aujourd’hui, je puis vous assurer que les clichés sur la Suède ne manquent pas ici non plus. Passons sur ceux que vous partagez, chers demi-frères gaulois, avec les Américains. Je n’énumérerai pas les remarques sur Abba[i] ou Ikea. Les plus cultivés me citent Bergman ou Strindberg[ii], et tous me demandent, lorsque je leur dis que je me rends en Suède tous les étés, s’il n’y fait pas trop froid[iii].
Pour clore cette énumération (certainement incomplète) de clichés, citons aussi la fascination que semble exercer l’élan[iv] sur les Allemands, si j’en crois des reportages diffusés sur Arte du temps où j’avais un poste de télévision ou publiés dans quelque Géo (édition allemande). Certains semblent même croire que les pendentifs d’oreilles en laissers d’élans sont une spécialité très portée. J’imagine le rire des paysans qui en vendent aux touristes allemands, rire sans doute aidé par quelques bières… Mais nous reparlerons plus loin et plus sérieusement de la Suède vue par des Allemands.
En fait, la Suède paraît receler bien des mystères pour les étrangers (comme d’autres pays, me direz-vous). A tel point qu’il y a quelques années, Jacques Chirac, lors d’une visite officielle, gratifia le roi Charles XVI d’un « monsieur le gouverneur général ». Gageons que le roi, qui est un homme bien élevé, se gardera bien, s’il le rencontre jamais, d’appeler « monsieur le gouverneur » un successeur de M. Chirac qui fait en ce moment plus de cas de l’avis du Congrès américain que de celui des Français. Mais glissons, glissons…
Peut-être au fond la vérité est que la Suède est un pays de contes de fées. Ce n’est pas moi qui l’ai écrit, mais un Suédois, un vrai, l’humoriste Tage Danielsson, dédiant un de ses livres au roi, « grâce à qui nous savons que nous vivons dans un pays de conte de fées »[v]. Voilà un point de vue sans doute républicain, auquel on a envie de répondre, en bon Français, que grâce à notre république nous savons que nous vivons dans un pays d’histoires drôles.
 
Vieille Suède et Suède nouvelle
Lorsque je vais en Suède, il me plaît de me plonger dans des lectures m’apprenant un pays révolu, encore plus lointain, peut-être, que la France d’autrefois. Ce peut être sur l’époque où la Suède était une puissance en Europe (un genre de Prusse en plus rustique et en moins forcé). Ou sur la vie de petites gens, en des endroits que je connais aujourd’hui, telle qu’ils la menaient jusque vers 1950 : des pêcheurs de l’Archipel de Stockholm. Quelques livres lus cet été m’ont fait apparaître des gens pauvres, mais pas malheureux ni envieux pour autant ; et habitués à une vie simple et rude. Des hommes et des femmes qui savaient lire et écrire au point de pouvoir, pour certains, noter ou raconter sur le tard quelques souvenirs d’un temps qui s’effaçait déjà. Ils s’y livrèrent sans artifices, ne se mentant pas sur leurs faiblesses ni sur celles de leurs prochains, mais connaissant – au moins par nécessité – la vertu du pardon ; et avec ça capables de vous citer à bon escient des passages des Evangiles[vi]. En somme, des gens plus civilisés que bien des bourgeois d’aujourd’hui.
Il reste peu de chose de ce monde si réel, aussi loin de l’idylle romantique que des noirceurs naturalistes. La modernité n’eût peu s’en accommoder.
Je parlais plus haut du cliché d’une Suède sociale-démocrate. Il n’est pas entièrement infondé, reconnaissons-le. A ce propos, jetons un rapide regard sur certains traits modernes qui me semblent typiques de cette démocratie sociale.
Deux traits anecdotiques pour commencer :
Jusque vers 1970, la politesse suédoise était d’une complication charmante et désuète ou insupportable et archaïque selon les points de vue ; on nommait une personne par son titre, quel qu’il fût, et, à moins d’être un intime, on s’adressait à elle à la troisième personne : « M. le directeur Larslund voudra-t-il un verre de cognac ? » Ces us tombèrent un beau jour et l’on passa, pour plus de simplicité, à un tutoiement généralisé et furieusement égalitaire. Ce qui dut scandaliser quelques personnes âgées. Personnellement, je me demande si cela simplifie vraiment la conversation : « Hmm… M. Larslund… euh… veux-tu un verre de cognac ? ». D’ailleurs, il se dit que certains jeunes s’essaient au vouvoiement (deuxième personne du pluriel ; forme déjà essayée par des libéraux au XIXe siècle, sans succès : cela faisait « vulgaire »). Cette tendance dont l’avenir nous est inconnu scandalise certainement quelques personnes âgées. L’intérêt de cette anecdote me semble résider dans le caractère éventuellement réversible d’un usage – sans qu’un retour à des formes en effet assez lourdes et intimidantes soit à envisager.
Une autre anecdote pourrait sembler plus inquiétante : la tentative menée par quelques esprits progressistes d’introduire un nouveau pronom personnel « neutre », qui permettrait de parler de quelqu’un sans faire de discrimination quant à son sexe – pardon : à son genre. A ce propos, j’ai récemment entendu dire sur France-Culture[vii] que la grammaire suédoise permet d’utiliser un pronom personnel neutre. La personne qui affirmait cela était visiblement ignorante de la nouveauté de cet artifice. Je m’explique : il se dit han, et elle se dit hon. Au neutre, il y aurait bien det, pour ceci ou cela. Mais c’est un pronom démonstratif, qui existe au masculin ou au féminin sous la forme den. Or voici que les susnommés progressistes voudraient imposer le pronom personnel hen, qui n’existe tout simplement pas. Une telle entreprise de modification par la force d’une langue ne me dit rien de bon. Elle a comme je ne sais quoi de totalitaire. Souhaitons-lui donc une mort aussi rapide que discrète.
La mort d’une mesure revêtant un caractère totalitaire n’est du reste pas impossible. Pour revenir aux Allemands, je me rappelle avoir vu, toujours sur Arte, il y a quinze ans environ, un documentaire allemand sur les Lapons. On nous y expliquait combien les Lapons avaient pu être maltraités par les autorités suédoises, norvégiennes ou finlandaises, lesquelles les auraient longtemps considérés comme des sous-hommes. Une femme d’un certain âge racontait qu’elle avait été dans sa jeunesse stérilisée en tant qu’asociale.
Ce documentaire m’avait alors irrité : de la part d’Allemands, c’était un peu l’hôpital qui se moque de la charité. Autant que je sache, ni les Suédois, ni les Norvégiens, ni les Finlandais n’ont pourchassé les Lapons pour les enfermer dans des camps en vue de les mettre à mort !
Cependant, en y réfléchissant, la mention de la stérilisation laisse un goût amer. Oui, dans le paradis social-démocrate, on stérilisa, par exemple, des idiots ou des alcooliques en tant qu’asociaux pendant quelques décennies. Cela dut cesser dans les années 1960 ou 1970, je ne sais pas précisément. C’est l’abandon de cette pratique terriblement hygiénique et moderne qui donne des raisons d’espérer.
Quittons maintenant la Suède et allons où vous voudrez. Regardez autour de vous. Comptez les avancées qui vous désolent, quelle que soit leur nature[viii]. Et espérez. Elles ne seront pas toutes éternelles !
Quand je vous dis que la Suède est un pays de contes de fées, où les envoûtements peuvent être réversibles !


[i] Pour moi, ce nom évoque plus une marque de conserves de poissons (surtout de harengs) qu’un groupe pop oubliable à mon goût…
[ii] Ce qui n’est déjà pas si mal. N’omettons pas non plus l’assommante vogue du polar scandinave.
[iii] Soyons justes : j’ai vu des Suédois étonnés de constater qu’à Paris, l’hiver, il peut neiger en abondance ; mais certains Français aussi s’en étonnent…
[iv] A propos d’élans : à Ingarö, près de Stockholm, des élans saouls ont été récemment dénoncés à la police. Ils auraient été enivrés par des pommes pourries qu’ils avaient trouvées au pied d’un arbre. L’amateur d’exotisme en sera pour ses frais : mais oui, il pousse des pommiers dans ce royaume de glace.
[v] Le livre est un recueil de nouvelles ou de contes comiques, intitulé Sagor för barn över 18 år, soit : Histoires pour enfants de plus de 18 ans. Navré de vous décevoir, mais ce n’est pas cochon. A l’époque de ce livre, dans les années 1960, le roi était Gustave VI.
[vi] Saluons ici des noms comme ceux de Frans Öhman et d’Ernfrid Karlsson. Deux pêcheurs de Långviksskär. Ils ne diront rien à la quasi-totalité de mes lecteurs, mais peu importe.
[vii] Décidément, j’aime bien relever les perles de cette radio omnisciente, qui vient de fêter ses cinquante ans. Je recommande au passage la lecture de ce qu’en dit Basile de Koch dans le dernier numéro de Causeur.
[viii] Vous ne vouliez quand même pas que j’afflige ce texte d’un hideux sociétal ! Ah non !

mercredi 4 septembre 2013

Géopolitique de comptoir ?

Avant de commencer, un avertissement s’impose : ne vous trompez pas au ton apparemment badin de cet article. Je vous suggère d’y voir une forme de politesse…
C’est attablé, tranquille, chez moi, plutôt qu’accoudé à quelque bruyant comptoir, que je me suis fait les réflexions qui suivent. Devant une savoureuse pinte d’India pale ale ou un flacon de Morgon 2004, doucement patiné comme un petit Bourgogne sans prétention servi localement ? Allez savoir…
 
Si vous voulez mon avis
Tout le monde parle de la Syrie, s’indigne, s’inquiète. Nos aimables gouvernants, invoquant de hauts sentiments humanitaires, balanceraient bien, tout en demeurant dans un confort aussi doux que le mien lorsque j’y songe, quelques missiles de ce côté-là du monde. Sans réfléchir, semble-t-il, aux buts d’une telle action, ni à ses possibles conséquences….
J’étais dans la perplexité quant à la manière de formuler de tels soupçons (puisque tout un chacun donne son avis, s’improvisant expert en géopolitique ou en stratégie), quand je tombai, en lisant Les abeilles de Delphes, de Pierre Boutang, sur un passage où il est question de don Quichotte :
« Quand il prend, en apparence, la justice pour fin (et en réalité la liberté de sa grande âme), sa démesure est cruelle, indifférente aux effets. Il délivre le jeune garçon du maître qui le fouette, mais sa "justice" s’épuise dans le moment : le garçon sera fouetté plus fort, laissé pour mort ; retrouvant plus tard don Quichotte il aura pour son "libérateur" les paroles amères que les pauvres de tous les temps sont amenés à prononcer contre ceux que le souci de leur grande âme, et non la charité catholique, pousse à soulager la misère des autres. »
Difficile, vous me l’accorderez, de citer de tels propos accoudé à un comptoir sans être interrompu… Plus sérieusement, tout y est, non ? Après les démonstrations viriles et généreuses qu’on nous promet, qu’adviendra-t-il des Syriens, et notamment des Chrétiens qui, pacifiques, endurent en plus des souffrances partagées avec leurs compatriotes des violences dont ils sont en particulier les cibles (de la part de qui ? d’un peu « tout le monde », c’est à redouter).
Le goût, à gauche (ou disons chez certains rrrépublicains), pour les guerres entamées au petit bonheur n’est pas d’hier, du reste. Je ne puis que vous renvoyer, outre ce bref passage (ou cette trop longue citation ?) de Boutang, au chapitre du Grand d’Espagne de Nimier (décidément !) qui a pour titre Les Girondins.
 
Avantages de la république
Cette situation, le comportement de notre cher président et quelques autres récents exemples me rappellent une conversation tenue voici quelques années avec un Anglais. Je ne me rappelle plus pourquoi celui-ci m’avait fait part de ses doutes quant aux capacités intellectuelles des membres de la famille royale de son pays.
- De quoi vous plaignez-vous donc ? lui avais-je répondu. Vous, au moins, on ne vous demande pas de choisir l’andouille suprême tous les cinq ans.
Evidemment, mon propos était quelque peu outré. Mais, en bon Français, j’avais sans doute préféré ce jour-là la caricature à la vérité pour le plaisir de faire un bon mot (lequel avait eu l’effet escompté). D’autant qu’il m’est arrivé de temps à autre d’être sensible à l’objection qui est le plus souvent opposée à ce que je nommerai par commodité ma sensibilité royaliste : la monarchie héréditaire ne peut nous garantir que jamais un imbécile ou un incapable ne montera sur le trône pour y exercer de hautes responsabilités auxquelles il serait inapte ; tandis que l’élection présidentielle au suffrage universel serait un mode de sélection assez dur pour écarter les individus dont la candidature serait par trop fantaisiste.
J’avoue avoir depuis quelques années des doutes.
Pendant ce temps, au Royaume-Uni, le premier ministre (qui n’est pas le chef de l’Etat, autant que je sache), a pris acte d’un vote du parlement opposé à ses intentions et s’y est plié. Devant une telle manifestation d’ordre et de mesure, j’ai failli pencher pour l’India pale ale

samedi 31 août 2013

Universalité de la négritude

Que l’on ne craigne rien pour moi : il ne s’agira pas aujourd’hui de déclamer, l’air halluciné, quelques vers d’Aimé Césaire. Même à des fins politiques. Non. Pour mieux comprendre le titre de ce soir, il faudra trouver la citation qui suit : « Avez-vous noté le caractère universel de la négritude ? »
Pour trouver cette citation, il n’y a pas de meilleur moyen que de lire Art nègre, le nouveau roman de Bruno Tessarech.
 
Méfiez-vous…
… Non des contrefaçons, mais des quatrièmes de couverture. Après un résumé alléchant du début du roman, voici ce qui nous est annoncé : « Dans la veine de La Femme de l’analyste, Bruno Tessarech signe un nouveau roman, autobiographique et drôle, sur l’écriture – ses vérités et ses mensonges. »
Le roman est drôle, c’est indiscutable. Mais autobiographique ? Qu’en savons-nous et cela importe-t-il vraiment ? Entendons-nous : il me semble qu’un écrivain prend sa matière où il la trouve ; c’est ce qu’il en fait qui compte.
Quant à dire si ce roman est dans la veine d’un autre du même auteur, la chose saute vite aux yeux pour qui apprécie les romans de Tessarech, mais encore faut-il s’entendre sur lequel…
 
Des airs de famille
Avez-vous des frères ou des sœurs ? On vous aura dans ce cas fait une fois ou l’autre, probablement, le coup de l’air de famille. Pour ma part, je ressemble, paraît-il, à mon frère ; mais aussi à ma sœur. Et à mon père, c’en est fou ; à moins que ce ne soit à ma mère. Pour ne rien dire des oncles, tantes, cousins, grands-parents, arrière-grands-parents… Ce qui porte à croire que, selon toute vraisemblance, je suis un membre de ma famille.
Ne filons pas trop cette image et revenons à Art nègre. Eh bien, oui : c’est un roman de Bruno Tessarech, et ce n’est pas moi qui m’en plaindrai. N’accablons pas cependant les éditions Buchet-Chastel, et jouons au jeu des ressemblances. J’ai donc relu avec plaisir La machine à écrire, paru en 1996. La parenté entre les deux romans saute aux yeux : Louis, le narrateur, devient nègre. Nous sont racontées dans les deux cas, pour commencer, les circonstances dans lesquelles il fait ses débuts dans cet obscur métier. Puis viennent quelques épisodes décrivant sa « collaboration » avec divers clients : célébrités du moment, hommes politiques, auteurs en panne… Dans certains cas, les « clefs » sont évidentes, dans d’autres on ne prendra pas la peine de les chercher – ce n’est pas ce qui importe ; disons que les « clefs » nous font bien sourire. Puis vient le dénouement : que deviendra notre nègre, comment se résoudront ses déboires avec sa bien-aimée Olivia, ses travaux ne vont-ils pas avoir un jour raison de son équilibre mental, de sa personnalité ?
Au vu de ce résumé, on pourrait penser que Tessarech se moque du monde : enfin, quoi, il nous ferait donc deux fois le même roman ? Se plagierait-il lui-même ? Serait-il son propre nègre ?
Disons plutôt que cette parenté est une fausse piste, bien tracée, bien aménagée, au balisage habilement fallacieux, et que nous nous y engouffrons avec plaisir. Le lecteur découvrira en effet que « Louis » ne désigne pas deux fois le même personnage et qu’il en va de même pour « Olivia ». Dans La machine à écrire, Louis est nègre par vocation ; c’est un jeune homme qui monte son affaire et la poussera jusqu’à des hauteurs à la fois grandioses et inquiétantes. Tandis que le Louis d’Art nègre est un écrivain « accompli » qui tombe en panne et qui, notamment pour renflouer ses finances, accepte de déchoir dans la condition de nègre. Il tombera sur des os, improvisera sa méthode (parfois « à l’épate », surtout au début), et sera souvent sollicité malgré lui. Si son état de nègre l’amuse et le stimule, il semble aussi lui peser. Il espère pouvoir trouver son salut d’auteur – enfin écrire à nouveau sous son nom. Il sera d’ailleurs soutenu par l’amitié d’un personnage bien réel – à moins qu’il ne s’agisse de ce personnage jouant son propre rôle avec un indéniable talent, puisqu’il est acteur – dont je tairai le nom. A vous le plaisir de le découvrir.
(A mon avis, ce personnage est nommé dans Art nègre parce qu’il renoncera, lui, à utiliser les services de Louis, même en ayant l’élégance de lui proposer de cosigner le livre de souvenirs qu’ils auraient pu écrire ensemble : « J’ai mieux à faire que de raconter ma vie, et vous, de l’écrire. Vous avez vos romans, j’ai mes rôles. » Par ailleurs, il permet quelques tirades « à faire », et bien faites.)
 
Plusieurs branches
Comme je parlais plus haut d’airs de famille, concédons quand même qu’Art nègre est un peu dans la même veine que La Femme de l’analyste. Nous pourrions aussi citer dans cette veine Les grandes personnes.
Pour qui ne connaîtrait pas l’œuvre de Bruno Tessarech, précisons que c’est une famille (cette fois je file l’image) qui contient plusieurs branches et que d’autres livres de lui sont fort différents : ils revêtent par exemple des costumes historiques dans Les nouveaux mondes et dans Les sentinelles (roman occulté, il me semble, par le succès, au moment de sa parution, du Jan Karski de Yannick Haenel). Citons aussi, encore dans une autre veine, Villa Blanche et Pour Malaparte. Tiens, d’ailleurs, il faudrait qu’un jour je vous entretienne de Villa Blanche, qui est une chose admirable. Mais laissez-moi le temps de le relire. Ou lisez-le aussi, quand vous aurez fini de vous délecter d’Art nègre.

mercredi 28 août 2013

Propos brefs et divers

Echo d’un billet passé
Je ne résiste pas au plaisir de vous suggérer la lecture d’un intéressant article de Jean-Paul Brighelli paru récemment. Comme un écho – plus développé – d’un de mes billets de mai (To the happy few). Je n’ai rien à y ajouter, j’abonde dans le sens des propos de ce monsieur…
Hélie de Saint-Marc
On annonçait lundi le décès d’Hélie de Saint-Marc, à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Un homme qui a traversé un siècle violent, cruel, tragique avec une telle droiture et en aura payé le prix (déportation, prison) – en un mot : qui aura vécu – ne pourra que passer pour un cas étrange, pour ne pas dire monstrueux, dans un monde où tant de pitres, de pantins, de paillassons, de petits malins et de donneurs de leçons font carrière.
Il serait indécent de donner dans les envolées lyriques à son propos. Ou de parler à sa place (d'honneur, de fidélité, de la Résistance, de l’Indochine, de l’idéal – chimérique ? – d’une Algérie française plus juste que ce qu’elle avait été…), bien calés que nous sommes dans nos fauteuils. Alors taisons-nous et contentons-nous de le saluer.
Et comment ne pas admirer quelqu’un qui a dit un jour[i] : « Il ne faut pas s’installer dans sa vérité mais l’offrir en tremblant » ?




[i] Dans un entretien accordé en 2002 à Jean-Dominique Merchet, pour Libération (mais oui !).

samedi 24 août 2013

Du bois dont on fait les langues

Qui, à part quelques maniaques hypermnésiques dont je fais partie, se rappelle avoir vu, il y a quelques années, la couverture d’un livre[i] intitulé Promis, j’arrête la langue de bois ? Pour savourer encore plus le comique d’un tel titre, disons qu’il ne faut pas confondre son auteur (putatif ou en tout cas nominatif) avec un poète quelque peu oublié de nos jours, François Coppée, lequel eût peut-être plutôt écrit à cet égard :
Je n’irai pas prier tous ces faiseurs de rois
Pour qui certainement Paris vaut une messe.
Devant l’ange du Ciel je fais cette promesse :
Je ne parlerai plus la langue de ces bois.
On ne saurait trop dire si cette promesse – celle du presque homonyme du poète – a été tenue. C’est celle d’un politicien : allez donc savoir…
Mais assez parlé de politique. Pour ceux que le sujet intéresse, je recommande la lecture d’Une histoire de la langue de bois, étude intéressante et drôle de Christian Delporte, publiée chez Flammarion en 2009. Notons que Christian Delporte fait lui aussi partie des hypermnésiques mentionnés plus haut. Et qu’il fait commencer son histoire à la Révolution Française. Décidément, la Rrrrrrépublique…
Mais alors…
Je perçois chez certains quelque déception : quoi, on nous allèche en prétendant parler de langue de bois et il ne sera pas question de politique ? Où donc observer son pouvoir sinon ?
Dans la publicité, peut-être ? Guère, en fait. Qui croira une seconde devenir un surmâle irrésistible ou une femme fatale (ou lascive, ou dynamique) grâce à je ne sais quel déodorant ? Ou mieux laver son linge grâce à la gloutonnerie des enzymes présentes dans sa lessive, dont l’action lui aura été exposée dans un film d’animation aussi bidon que schématique ? Achètera-t-on seulement plus de tel ou tel produit s’il est de toute façon déjà connu ? Au mieux, on retiendra de temps en temps un slogan, s’il est particulièrement amusant ou bête.
Dans la presse, alors ? Le préfabriqué n’y manque pas, certes, et des « manuels » l’ont mis en évidence (Ça bouge dans le prêt à porter, de Jean Dutourd[ii], ou encore Le journalisme sans peine, de Burnier et Rambaud[iii]). La critique, laquelle est de plus frappée de snobisme, regorge de trésors : l’auteur que l’on attend à son second roman, le saupoudrage de références et de rapprochements, la petite musique
Mais la presse n’est qu’un divertissement[iv] fait de belles histoires où l’on peut de temps à autre pêcher quelques morceaux de réalité qui surnagent. Une distraction, en somme, de même que la chanson de variétés, autre trésor en matière de clichés ronflants.
Plus près de nous…
Vous ne voyez toujours pas ? C’est que vous n’avez pas le bonheur d’être cadre ou employé dans une grande entreprise ou une administration. Là, la langue de bois est partout. Elle a pris le pouvoir, de manière bien plus réelle qu’en politique. C’est qu’elle émane des chefs (et des consultants qui leur en ont enseigné les rudiments) pour être maniée dans des formules martelées aux oreilles de la troupe et se substituer – du moins en intention – à toute réflexion, à tout savoir-faire et à toute conscience professionnelle. Pour remplacer la pensée par des réflexes : ne perdons pas de temps en questions métaphysiques, nous devons être efficaces !
La langue de bois est ici un outil de commandement (pardon, de management) alors que pour un représentant du peuple en constante campagne électorale ou un représentant en aspirateurs elle est une arme de séduction et que pour un journaliste elle est un moyen comme un autre de faire de la copie.
Peut-être viendra-t-il à bon nombre de mes lecteurs quelques exemples familiers du vocabulaire ou de la syntaxe de cette langue : pour le vocabulaire, néologismes, impropriétés, anglicismes (souvent risibles pour qui sait un peu d’anglais) voire japonismes (chacun sait que le kaïzen passe par l’élimination des muda et que la mise en place d’un kanban dans une chaîne de production est une aventure grisante !) ; quant à la syntaxe, elle est simple, et quelques mauvais esprits l’ont résumée dans des pipotrons ou générateurs de langue de bois : entame (adverbe ou locution adverbiale sans intérêt), affirmation (sujet), constat (verbe ou groupe verbal), portée (complément d’objet)[v].
A propos de mauvais esprit, outre le générateur susnommé, la lassitude éprouvée par les salariés des entreprises où sévit ce charabia a engendré toutes sortes de jeux. Ne citons que ceux du genre Business loto (que j’ai vu circuler il y a une bonne douzaine d’années) ou Bingo des réunions (vu il y a trois ans environ) : une liste de mots à la mode est répartie dans une grille carrée ; relevez ceux que vous entendrez lors d’une réunion et cochez les cases correspondantes dans la grille ; une ligne, une colonne ou une diagonale remplie vous donnera un point. Relevons qu’au temps du Business loto le gagnant devait crier « Foutaises ! » tandis que celui du Bingo des réunions se contentera d’un « Bingo ! ». Marque de résignation ? Signalons quelques-uns des mots à cocher dans ces grilles, l’un ou l’autre vous dira certainement quelque chose : back-office, from scratch, process, implémentation, reporting, synergie, solutionner, finaliser… Des expressions qui manquent et que j’aime bien ? Disons : task force, lean ou refurbishment. Vous avez sûrement les vôtres. 
Qui est dupe de quoi ?
De manière générale, l’employé et le cadre moyen ou subalterne se rient de leur hiérarchie et du sabir qu’elle emploie, nous l’avons vu. T’es pas corporate ! est chez eux une version professionnelle et tout aussi ironique du tu vas te faire engueuler ! des petits enfants. Observons en passant que cette langue de bois se distingue du jargon pratiqué dans tel ou tel milieu, lequel n’est qu’une manière de se sentir entre soi, à l’abri des importuns non initiés qui n’entendront rien aux conversations des membres de la communauté ainsi établie, conversations qui touchent le plus souvent à des réalités parfaitement simples et concrètes.
Les directeurs, les managers et les consultants, de leur côté, se moquent-ils de ceux à qui ils assènent ces discours ? Pas sûr. Il y a quelques semaines, un vieil ami m’envoyait le message suivant au sujet d’une enquête menée par un quelconque cabinet, à laquelle il avait été soumis : « Es-tu toi aussi un de ces « assessés » dont on veut comprendre le vécu à partir d’un « assessment » ? Quel baragouin. Ils nous prennent vraiment pour des poires. »[vi]
Je crois plutôt que ces gens prennent les « assessés » pour leurs semblables : des intoxiqués, voire des possédés. Des personnes qui, à force d’user de ce baragouin (terme que je reprends volontiers), finissent par l’utiliser naturellement. Ces personnes ne disent plus rien. Elles ne réfléchissent plus. Elles s’admirent en s’écoutant user de mots qui les posent là et qui leur donnent le sentiment d’être des managers conformes au modèle[vii]. Leur parole devient une incantation, aux pouvoirs magiques illimités. Dans ces conditions, elles estiment superflu de donner du temps ou des moyens à leurs subordonnés : il suffit de parler pour que ceux-ci réalisent ce qu’on leur demande.
Le résultat ne se fait pas attendre : néant. Les effets de la magie se limitent à ceux qui y croient. Pas toujours de la manière qu’ils se figurent, au demeurant.
Pour revenir à la politique (oh, brièvement, ne craignez rien, promis !), je me demande si la même inversion n’a pas lieu dans ce domaine : croyant se servir de la langue de bois, les politiciens finissent par en être les esclaves et les dupes. Ils iront chercher la croissance avec les dents ou croiront fermement à l’inversion de la courbe du chômage. Puis, satisfaits de leurs incantations, convaincus de leurs effets, ils rentreront s’en faire préparer d’autres pour marabouter d’autres problèmes.
Si nous n’y prenons garde, nous finirons vraiment par voir le char de l’Etat naviguer sur un volcan.



[i] J’ignore qui a pu lire ce livre…
[ii] Flammarion, 1989.
[iii] Plon, 1997.
[iv] Je relève ceci, entendu hier dans un bulletin d’information de notre chère radio nationale, à propos de je ne sais plus quelle intervention de je ne sais plus qui, à l’université d’été du PS (sujet dont, en soi, je me contrefiche) : « Les pompiers sont sortis du bois. » Etant jusqu’alors ignorant du caractère sylvestre des soldats du feu, j’ai trouvé cela plutôt divertissant.
[v] Il en existe aussi en politique : voir Delporte, op. cit., pages 183 et 184 ; j’emprunte d’ailleurs les appellations générateur de langue de bois, entame, affirmation, constat et portée à cet ouvrage décidément excellent.
[vi] Non, je n’ai pas été « assessé » en ce qui me concerne. Mais voici le baragouin évoqué par mon ami ; il vaut son pesant de ce que vous voudrez : « Bouvard et Pécuchet [j’ai modifié les noms, bien sûr – NdA], cabinet de recrutement de Dirigeants et de conseil en Leadership, réalise une étude sur l’utilisation des assessments (évaluation des compétences de Leadership des Dirigeants) dans les entreprises du SBF120. Cette étude vise, d’une part, à analyser les pratiques d’assessment dans les grandes entreprises françaises et, d’autre part, à comprendre le vécu des assessés : comment s’est passé leur assessment ? Qu'en ont-ils retiré à titre professionnel et personnel ? Quel regard critique portent-ils sur les méthodes utilisées ?... »
[vii] Aucun de nous n’est entièrement exempt de ce genre de narcissisme. Qui me dit, après tout, que je ne suis pas un imbécile qui se prend pour le chroniqueur élégant et ironique de ces temps risibles ?

lundi 19 août 2013

Pipouf sera toujours Pipouf !

Aïe ! Avec un tel titre, j’entends d’ici monter lamentations et récriminations : notre Chatty Corner jusqu’ici préféré tombe en ce moment dans la facilité, l’auteur qui l’alimente en guillerettes chroniques se contente d’occuper la place… ou bien : il s’est (re)mis à boire, le pauvre, il ne sait plus ce qu’il écrit… à moins d’un choc frontal qui l’ait au moins momentanément privé de certaines de ses facultés ?…
Il n’en est rien, Dieu merci, chers amis. Ce titre sort tout droit d’une chronique livrée par Philippe Muray aux lecteurs de La Montagne le 16 décembre 2001 sous le titre Parlons franc.
Muray m’intéresse
Voilà maintenant un jeu de mots facile, puisqu’il m’a été inspiré par un petit livre salutaire que les éditions Descartes & Cie ont récemment fait paraître dans la collection « Chroniques du XXIe siècle » : Causes toujours. Il s’agit de chroniques que Muray écrivit de 2000 à 2006 pour La Montagne. Bon nombre d’entre elles (et même d’autres) avaient déjà été rééditées dans les deux derniers volumes de ses Exorcismes spirituels, mais même pour qui s’intéresse à Muray depuis longtemps, relire ces chroniques ne peut que faire du bien. Et, pour les autres, l’occasion de découvrir Muray est à saisir, par le biais de textes abordables, certes, mais surtout drôles (sinon joyeux), riches et pertinents. 
Quelques échantillons ?
J’évoquais plus haut Parlons franc : comment, par l’exemple du passage à l’euro, nous mettre sous le nez le fait que notre civilisation se mue de plus en plus souvent et dans à peu près dans tous les domaines en simulacre fatigué – et fatigant – d’elle-même ? En affublant quelques-uns de ces simulacres de noms loufoques, à la limite du prononçable, qui vont s’accumuler à un rythme de plus en plus rapide en couvrant toutes sortes de notions. Ce qui produit un effet poétique et comique qui n’est pas sans rappeler Dimanche à la campagne d’Henri Michaux[i], avec en plus la terreur ou l’ennui (selon les goûts, les humeurs ou les tempéraments) que pourra inspirer un remplacement aussi complet…
Je pourrais faire un commentaire de cet acabit pour à peu près chacune de ces chroniques, l’affaire est tentante, comme l’envie de rendre chaque réplique, chaque bon mot, chaque scène, situation ou description d’un roman, d’une pièce de théâtre ou d’un film qui m’aura ému, inquiété, transporté ou secoué de rire. Mais tant de paraphrase serait lassante, et puisque je vous dis ou vous répète que je me sens un peu paresseux en ce moment… 
Un prophète du présent ?
Pour continuer ce petit éloge de Philippe Muray (1945-2006), on pourrait se demander si un Barbey d’Aurevilly, dans l’hypothèse où il vivrait aujourd’hui, n’aurait pas rangé l’intéressé parmi ses Prophètes du passé. Pourquoi pas, ne nous refusons rien et voyons grand – même si Barbey, pour d’évidentes raisons de santé, a été empêché de le faire.
Pourquoi cette envolée de ma part ? Simple figure de rhétorique – un peu épaisse, j’en ai peur ? Eh bien, il me semble que ce que Muray écrivit il y a dix, quinze ans – plus parfois – sur le monde moderne est encore plus pertinent aujourd’hui qu’à l’époque où il donna son point de vue sarcastique et pessimiste sur ce monde. Pas de quoi se réjouir, mais au moins de quoi rire bien souvent.
Ce rire pourrait passer pour une simple manière de nous défouler ou de nous consoler de l’état – que nous sommes quelques-uns à trouver lamentable – de notre civilisation. Mais, à bien y réfléchir, ridiculiser notre époque peut être un moyen de rester lucide, voire d’éveiller des consciences : lisons, relisons, faisons lire Muray si nous espérons pouvoir préserver, oh, quelques miettes, quelques précieux débris d’humanité.
Au fond, ces deux raisons sont peut-être celles d’une certaine popularité dont jouit Muray ces temps-ci, notamment chez ceux que les bénisseurs et adorateurs de la modernité nomment réacs[ii] : « ah, ils nous fatiguent, avec leur Muray, ils n’ont plus que ce nom à la bouche ! ». Bien qu’affligé à mes heures d’une forme fâcheuse quoique légère de dandysme, je ne déplorerai pas cette popularité. Je ne hausserai pas les épaules en disant : « Muray ? Mais voyons, mes petits amis, je le lis depuis au moins quinze ans ! ». (Ce qui est vrai, mais vous fera une belle jambe, n’est-ce pas ?) 
Pour se faire une idée (et plus)
Comme je l’ai déjà dit plus haut, l’occasion fournie par la parution de Causes toujours me semble excellente pour qui voudrait découvrir Philippe Muray. Un peu de curiosité, pour en voir plus, pourra vous amener aux Exorcismes spirituels, quatre solides volumes parus aux Belles Lettres (il en existe des versions « portatives » ou « abrégées », pour les paresseux ou les pressés). Vous y découvrirez, outre le « pamphlétaire » auquel il est trop souvent réduit, un Muray critique littéraire et artistique. Pour la pratique (Muray auteur de « fiction »), je recommanderai plutôt Roues carrées que On ferme (mais c’est un choix tout personnel, disons une affaire de goût).
Si, après ces lectures, vous êtes devenus des mordus, des fanatiques, des inconditionnels ou des zélotes, c’est que vous êtes mûrs pour vous jeter sans crainte dans Le XIXe siècle à travers les âges, travail sérieux, érudit et surprenant qui cous apprendra beaucoup sur le XXIe siècle, quoiqu’écrit dans les années 80 du XXe. Sans oublier le reste…
Ou vous picorerez selon votre humeur ou votre bonne fortune. Ramassez ce que vous trouverez chez votre libraire, harcelez-le, torturez-le, faites-lui commander des lots entiers… Vous ne le regretterez pas.

[i] On trouvera ce texte dans Lointain intérieur, recueil publié dans le même volume que Plume.
[ii] Zut. J’accepte cette appellation, je l’assume au point de la revendiquer. Comme l’écrivit justement Barbey d’Aurevilly dans Les prophètes du passé : « les plus beaux noms portés parmi les hommes sont les noms donnés par les ennemis ! »

mercredi 14 août 2013

Intermède futile

En ce milieu de mois d’août, comme il est encore temps de paresser un peu, je ne vois pas pourquoi je m’en priverais. Voici donc quelques futilités dans l’air du temps.
Le patron à la lanterne !
Dans un récent entretien qu’elle a accordé au New York Times, Mme Taubira a déclaré qu’elle ne « supporte pas d’avoir un patron ». Notre tendre président n’a qu’à bien se tenir. Il a d’ailleurs pris soin de se réfugier pour quelques jours dans une résidence au doux nom de Lanterne. Une manière facétieuse de couper l’herbe sous le pied à sa tonitruante ministre ?
Cet entretien est un petit joyau. Entre autres vérités essentielles, Mme Taubira s’est dite « décontenancée, mais pas surprise » par la « brutalité » de l’opposition à son projet de loi sur le mariage homosexuel. Il est vrai que certains manifestants sont allés jusqu’à des extrémités difficilement excusables, comme agresser des matraques, occuper des fourgons de police, squatter des cellules dans les commissariats ou tousser sans même mettre une main devant la bouche, au mépris des notions les plus élémentaires d’hygiène. Reconnaissons cependant que M. Valls et ses services ont eu à pâtir de ces inqualifiables agressions plus souvent que Mme Taubira. Cela expliquerait-il les bisbilles entre eux ?
Plus loin, Mme Taubira fait part du racisme qu’elle sent pointer dans : « Taubira, t’es foutue, les Français sont dans la rue ». Ben oui, bonnes gens, si « les Français » sont contre « Taubira », c’est que cette dernière ne mériterait pas d’être considérée à leurs yeux comme une Française ! CQFD. Mais alors, « Hollande, t’es foutu, les Français sont dans la rue », c’est du racisme anti-hollandais ? Allez savoir…
Quid encore de « Taubira, fais ton sac, et va rejoind’ Cahuzac » (slogan entendu par votre serviteur le 21 avril de cette année) ? Mépris pour le Sud-Ouest ?
Quant aux Antillais, aux Africains ou même – horresco referens – aux Guyanais qui ont participé à ces brutales manifestations, les aurait-on manipulés au point de leur faire scander à leur insu des slogans racistes ? Ce serait très mal, ça.
Si jamais Mme Taubira perd sa place de ministre, peut-être pourrait-elle tenter sa chance dans quelque spectacle de chansonniers, où elle pourrait donner libre cours aux épanchements de sa magnifique conscience (c’est en ces termes qu’elle a qualifié ladite conscience, toujours dans le même entretien). A condition, bien sûr, d’être en mesure de supporter le patron du théâtre où elle nous livrerait ses réflexions…
C’est que, voyez-vous, je finis par me faire du souci pour elle, la pauvre.  
A l’écoute
M. Yves de Kerdrel, directeur des rédactions de Valeurs actuelles et du Spectacle du monde, serait, à l’en croire, espionné ou écouté par quelque sombre officine du ministère de l’Intérieur. Ici et là, on suppute, on soupçonne, on évalue les chances…
Soyons sérieux une minute, voulez-vous bien : si le gouvernement que le monde et le New York Times nous envient depuis mai 2012 écoutait quiconque, surtout quelqu’un qui se situe assez nettement dans l’opposition, cela se saurait, voyons ! 
L’âme de Detroit
J’ai appris lundi matin que, pour contribuer au renflouement des phynances désastreuses de la ville de Detroit (Michigan), un élu républicain avait suggéré la vente par le musée des beaux-arts de cette cité de quelques toiles de Renoir, Van Gogh et Matisse qui ornent ses collections. Cela rapporterait, si j’ai bien entendu, environ un milliard de dollars.
Pas question ! s’est indigné le directeur dudit musée. Ce serait consentir à vendre l’âme de Detroit !
Comment dire ? J’ignorais qu’Auggie Renoir, Vince Van Gogh et Hank Matisse fussent des peintres du Michigan. Ah, le Middle West, ses grands lacs sillonnés par de joyeux canotiers en maillots rayés ou en marinières, ses plaines fertiles où se balancent les tournesols, ses baigneuses…
A moins que cette part d’âme, Detroit ne se la soit achetée lorsque l’industrie automobile américaine prospérait ? Sic transit, comme ils disent chez Ford… 
Une perle de (France) culture
Je vous ai gardé le meilleur pour la fin, toujours entendu à la radio, samedi 2 août. Dans une émission de France-Culture sur Hemingway et la guerre, il nous a été asséné que le film tiré de Pour qui sonne le glas avait pour acteurs principaux Gary Cooper et Ingmar Bergman. Vous avez bien lu : Gary Cooper et Ingmar Bergman. Vu la relation entre les deux personnages qu’ils jouent, ne demandez pas pour qui sonne le glas : il sonne pour tous.