Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette
plainte : plus personne n’écoute personne ! Pourtant, l’actualité
récente semble nous prouver le contraire.
Ecoutons nos amis !
Le souvenir d’une brève conférence donnée il y a une
douzaine d’années par un lieutenant-colonel de hussards à quelques officiers de
réserve du Service de Santé (dont je faisais partie – je n’en suis plus, eheu, tempus fugit, comme disait Horace) me revient : alors qu’un de mes camarades demandait
à ce lieutenant-colonel si le « renseignement » se recueillait aussi
chez les « amis », je chuchotai à mon voisin : « On doit
toujours écouter ce que disent ses amis » (que voulez-vous : le
lieutenant est un être qui se ferait tuer pour une espièglerie) ;
apparemment, je suis peu doué pour chuchoter, puisque le lieutenant-colonel sourit
et répondit à peu près : « tout vient d’être fort bien résumé par un
de vos camarades ». Mais assez parlé de mes campagnes.
Un tel précepte, en tout cas, a été suivi par M.
Patrick Buisson, au moins à l’époque où il prodiguait ses conseils à M.
Sarkozy, alors président de la république. Comment les enregistrements ont fuité, on l’ignore. Mais nous avons pu
profiter de quelques miettes, du genre de « Alors, Carla, la forme,
aujourd’hui ? ».
Deux choses sont sûres, quoi qu’il en soit : M.
Sarkozy est un homme très écouté, au moins par certains de ses amis, et Mme
Carla Bruni est une chanteuse dont l’auditoire est des plus choisis. Et si,
après tout, M. Buisson était en fait un admirateur transi de Carla Bruni, au
point d’enregistrer le moindre filet de voix qu’il pourrait percevoir d’elle ?
Les amateurs de jazz connaissent bien le cas de Dean Benedetti, un saxophoniste
californien qui fit le voyage de New York avec un magnétophone à seule fin d’enregistrer
Charlie Parker dans les clubs où celui-ci se produisait.
Mais restons sérieux… et français. Les manières de
M. Buisson sont au moins indélicates (il a du reste été condamné aujourd’hui à
verser dix mille euros de dommages et intérêts aux époux Sarkozy : il n’y
a pas de petits profits). Rappelons-nous cependant qu’il eut un illustre
précurseur, à la même époque que le susnommé Benedetti, en la personne du président
Vincent Auriol, comme le rappelle le magazine L’histoire (voir ici).
Un homme très écouté
M. Sarkozy devrait se réjouir : il n’y a pas que
ses amis pour l’écouter. On nous apprend que ses communications téléphoniques
sont écoutées depuis plusieurs mois pour les besoins d’une enquête de justice. Habile,
l’opposition a su détourner le bruit que fait l’affaire, avec l’aide, il est
vrai, du gouvernement : Mme Taubira ne savait rien, mais M. Ayrault dit qu’en
fait si, mais depuis peu, tandis que M. Valls affirme l’avoir lu dans le
journal (il est comme vous et moi, cet homme : il a su rester très simple)
et que Mme Taubira confirme l’avoir appris officiellement il y a quelques
jours, brandissant pour preuve un papier fournissant de toutes autres
indications. Pas besoin d’être prophète pour comprendre que ces gens mentent
comme respire un asthmatique un jour de pic de pollution atmosphérique (une
pensée au passage pour les asthmatiques).
Il faut les comprendre, ces gens : imaginons qu’ils
se soient procuré les enregistrements de ces écoutes et qu’ils les aient
entendus (ce qui est peu vraisemblable)… Que n’eût-on pas dit si cela s’était
su ! La gauche de la gauche eût
pu prétendre savoir qui avait inspiré le tournant
social-libéral de M. Hollande ! Du pain bénit pour M. Mélenchon, en
somme.
Oui, décidément, M. Sarkozy pourrait alors se
flatter d’être un homme encore très écouté, deux ans après avoir quitté le
pouvoir.
Collusion entre M. Valls et la Manif pour
tous ?
Nous autres, opposants au simulacre de mariage dit
pour tous, des quidams (dont votre chroniqueur préféré) aux porte-paroles, nous
n’avons cessé de nous plaindre de n’être pas écoutés par le gouvernement. Il y
avait apparemment de quoi : je ne sais combien de manifestations de toutes
tailles traitées d’un haussement d’épaules ou une pétition signée par sept cent
mille personnes finissant au mieux sous la forme de cocottes en papier, voilà
qui a de quoi agacer quelque peu.
Et si nous avions tort ? On apprenait récemment
le genre de chantage dont une étudiante d’origine russe a fait l’objet de la
part de certains policiers il y a quelques mois, au moment de déposer une
demande de naturalisation : ayant naïvement avoué qu’elle avait pris part
à certaines manifestations, il lui fut demandé de fournir des renseignements
sur des militants anti-mascarade pour
tou-te-s de sa connaissance si elle voulait avoir une chance de voir sa
demande aboutir (des détails sont disponibles ici). Si ce n’est pas une preuve
de ce que M. Valls a prêté une oreille attentive à la rue, je n’y comprends plus rien…
Soyons sérieux un instant : de telles méthodes
sont infectes. Peut-être se justifient-elles à la rigueur lorsqu’il s’agit de poisser une bande de malfaiteurs, mais en l’occurrence on a plutôt
affaire à des procédés de police politique.
Alors, de deux choses l’une : ou les policiers
qui se sont comportés ainsi en ont pris l’initiative, et ils méritent d’être
sanctionnés ; ou ils l’ont fait sur ordre, et ils méritent toujours d’être
sanctionnés, ainsi que tous ceux de leurs supérieurs hiérarchiques qui ont trempé dans ce
genre d’affaire. J’ignore si dans la police obéir à un ordre manifestement
illicite est une faute (je l’espère), mais je sais que c’est le cas dans d’autres
institutions, comme nos armées, par exemple. Quoi qu’il en soit, il serait bon
de rappeler à ces fonctionnaires qu’ils ont une conscience et qu’une conscience
n’est pas faite pour les chiens.
Moi aussi j'aurais aimé être écouté par mes associés, lorsque 13 ans avant, je les ai mis au courant des évolutions probables de notre métier...
RépondreSupprimerJ't'en foutrais !
J'ai tout entendu, TOUT !
Défaitiste, idéaliste, industrialiste ( ça existe ? ben oui, faut croire), anti humaniste, financier....
Qui avait raison, mes bougres ?
Et maint'nant ?
Y a plus qu'à ramer pour rattraper le temps perdu....